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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 19:38

ATOMEPOÈME 57

 

Version française – Atomepoème 57 – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Atomgedicht 57 – Gerd Semmer – 1957

 

 

 

 

Paroles de Gerd Semmer (1919-1967), poète, journaliste et traducteur allemand, considéré comme le « père de la chanson de protestation allemande ».

Musique de Dieter Süverkrüp (1934-), important auteur-compositeur allemand, ainsi que cabarettiste et artiste graphique, avec lequel Gerd Semmer collabora jusqu’à sa disparition prématurée.

 

 

 

 

Une chanson écrite en solidarité avec les « 18 de Göttingen » (Göttinger Achtzehn), dix-huit physiciens nucléaires allemands – parmi lesquels Max Born, Otto Hahn, Werner Heisenberg, Max von Laue e Wolfgang Pauli, tous prix Nobel – qui en 1957, en publiant leur fameux manifeste, s’opposèrent au projet du chancelier Konrad Adenauer et du ministre de la défense Franz-Josef Strauss de doter l’armée de l’Allemagne de l’Ouest d’armes nucléaires tactiques.

 

Je voudrais rappeler que parmi les « 18 de Göttingen », il y avait aussi des savants qui avaient été complètement actifs sous le régime nazi, mais il y en avait un, Fritz Straßmann (1902-1980), un chimiste dont le nom est lié à la découverte de la fission nucléaire, qui en 1933 préféra se retirer de toute charge en déclarant : « Nonobstant ma passion pour la chimie, j’ai tant d’estime pour ma liberté personnelle que pour la préserver j’irais casser des pierres toute ma vie ». Durant la guerre, le docteur Straßmann et sa femme cachèrent chez eux un ami juif, en mettant en danger leur propre vie et celle de leur enfant de 3 ansFritz Straßmann a été reconnu « Juste parmi les nations » et son nom est présent dans le Yad Vashem à Jérusalem.

 

Dialogue maïeutique

 

Souviens-toi, Lucien l’âne mon ami, toi qui as parcouru tant de siècles que je ne saurais dire combien il y en eut, en ce temps-là – dans les années cinquante du siècle dernier (autant dire hier), le monde vivait dans une étrange atmosphère composée principalement de deux grands éléments : la guerre froide et la menace nucléaire. Je laisse évidemment de côté ici l’immense effort contraire qu’était la tentative pacifique des Nations Unies, système aberrant qui repose sur l’existence des nations lors même que la nation et son extension, le nationalisme, est un des plus sûrs fondements de la guerre. C’est comme si on composait le corps des pompiers avec des pyromanes confirmés.

Enfin quand je dis le monde, je n’en sais trop rien. Ce dont je suis sûr, c’est que c’était l’ambiance qui prévalait dans tous les pays qui avaient été mêlés à la Deuxième Guerre Mondiale et dont les habitants s’attendaient tous à une Troisième, laquelle, pensait-on alors, couplée à l’usage de l’arme nucléaire aurait fait énormément de dégâts et aurait vraisemblablement entraîné la disparition d’une grande partie de l’humanité. Certains envisageaient déjà la disparition de l’espèce humaine et les plus imaginatifs pensaient que la planète elle-même exploserait. Il circulait toutes sortes de récits nés de cette inquiétude.

Cependant, comme on peut le voir, il n’en a encore rien été.

 

Et c’est heureux, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est heureux, car nous n’aurions jamais eu la possibilité d’entretenir ce dialogue aussi morcela que divers et interminable. Cependant, la menace est encore là et bien réelle, même si elle n’imprègne plus autant notre quotidien. Le climat de l’époque étant ainsi fixé et le danger actuel rappelé, peux-tu me dire un peu plus de choses à propos de cette canzone, de ce poème de l’atome.

 

D’abord, répond Marco Valdo M.I. tranquillement, il te faut considérer que ce poème atomique est écrit en allemand, par un Allemand vivant dans la partie de l’Allemagne dite fédérale, c’est-à-dire celle qui fait partie intégrante de l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique Nord), l’Allemagne, dite Allemagne Occidentale. Une Allemagne qui vivait alors sous domination étrangère et sous la protection du parapluie nucléaire occidental. Ceci implique évidemment que d’autres pays (notamment, l’Allemagne dite Allemagne démocratique) vivaient sous la protection du parapluie nucléaire soviétique, autrement dire russe.

 

Voilà qui précise le cadre dans lequel se situe ce poème de l’atome et j’ai bien noté ce que disait l’introduction à propos de ces « savants » qui interviennent fortement dans le débat pour mettre en garde les gens et les responsables politiques contre le fait de voir le pays où ils vivent s’engager dans la nucléarisation de ses armées ? J’imagine que ce n’est pas sans arrières-pensées et sans effroi, leur pays étant ce qu’il est et dans les faits, l’initiateur des deux premières guerres mondiales.

 

C’est exactement la situation sur laquelle vient se greffer cette chanson qui, avec beaucoup d’ironie, prend le point de vue des responsables politiques qui font valoir aux savants que leur savoir et leur « expertise » comme on dit à présent, n’ont pas de pertinence dans le champ politique et que dès lors ils prient les savants de retourner à leurs recherches.

Cependant, il y a un deuxième niveau à l’ironie de la canzone, c’est que par le biais de la réflexion des « politiques », elle avance l’idée impertinente elle aussi que les savants eux-mêmes ont bien tardé à faire pareille mise au point (par parenthèse, du côté soviétique, il faudra encore au moins dix ans pour voir une telle réaction des physiciens, dont Andrei Zakharov, dont on fit par la suite un prix Nobel de la paix pour sa prise de position) – du moins, les dix-huit signataires de la lettre ont-ils eu le mérite de faire entendre leur voix. Pour les autres, on ne sait.

 

La situation paraît bien embrouillée, dit Lucien l’âne.

 

En effet, c’est le cas, car comme il est aisé de le comprendre, les armes nucléaires ne peuvent exister que parce que des savants les avaient inventées, mises au point et développées. Ainsi, la science depuis qu’elle avait pris une dimension technique n’était pas neutre, ne pouvait pas l’être et entretenait des relations étranges, complexes et compliquées avec le pouvoir, car depuis toujours, mais de plus en plus au fil du temps, elle a eu besoin d’énormes investissements, d’une quantité gigantesque de moyens pour exister et que ce sont les puissants et les riches – et eux seuls – qui les accaparent et les détiennent. En lui donnant d’énormes moyens, en l’incitant à les utiliser, les « scientifiques » ont mis le doigt, la main, et tout le bras dans l’engrenage infernal. Et non seulement, ils ne peuvent s’en départir, mais ils en réclament encore plus ; ils sont dans la même spirale que la société qui s’en va tout droit vers son autodestruction. Du moins dans la forme que nous connaissons. Il est vrai que certains pensent qu’un autre monde est possible.

 

Nous par exemple, dit Lucien l’âne en dressant fièrement les oreilles et la queue. Évidemment, ceci suppose la fin de la Guerre de Cent Mille Ans, que les riches et les puissants font aux pauvres et c’est pourquoi nous tissons le linceul de ce vieux monde amer, atomique, avide, ambitieux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Dix-huit professeurs ont brisé
Le terrible mur du silence
Développé par un journal stipendié
Autour du projet atomique de défense.
Mais enfin, messieurs, ça ne vous regarde pas.
Vous croyez, qu’on peut en discuter comme ça ?
C’est de la politique, vous n’y comprenez rien !
Tenez vos langues, chercheurs, silence !
On ne vous demande rien !
Pas de discussion ! On continue !


Depuis des générations, vous vous êtes lavé
Les mains dans la science.
Vous n’avez jamais assumé les conséquences.
Finalement, dix-huit ont osé parler,
Des hommes ont démontré avoir une conscience.
Mais enfin, messieurs en quoi ça vous concerne ?
Vous croyez, qu’on peut en discuter comme ça ?
Faites votre travail, là vous comprenez quelque chose !
N’avez-vous pas donc de déontologie professionnelle ?
On ne vous demande rien au-delà !
Pas de discussion ! On y va !

 

 

« Vos enfants se réfugient

Derrière leur mère et regardent

Anxieux le ciel et les inventions des savants »
Mais enfin, messieurs en quoi vous concernent les enfants ?
Vous croyez, qu’on peut en discuter comme ça ?
C’est notre politique, que vous ne comprenez pas !
Laissez cela aux experts mandatés !
Pas de discussion ! Disparaissez !

 

 

ATOMEPOÈME 57

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Marco Valdo M.I.
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