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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 09:46

LE TANGO DU CRIME

 

Version française – LE TANGO DU CRIME – Marco Valdo M.I. – 2016

 

Chanson allemande – Kriminal-Tango – Hazy Osterwald-Sextett – 1959

 

 

 

 

 

 

 

Le Tango du Crime est la version française de Kriminal-Tango (Texte : Kurt Feltz ; Musique : Piero Trombotta), une chanson allemande de 1959, qui fut interprétée et popularisée par le Hazy Osterwald-Sextett et qui connut un grand succès.

 

Ohlala, Marco Valdo M.I. mon ami, un tango du crime. Quelle histoire ! Il s’en passe des choses dans l’Allemagne de cette chanson.

 

Oui, Lucien l’âne, il s’en passe des choses dans cette Allemagne. Je précise d’abord qu’il s’agit de l’Allemagne Fédérale, peut-être à Berlin, sans doute, à Berlin ou dans une autre ville d’Allemagne de l’Ouest, impérativement de l’Ouest. La guerre est maintenant finie depuis longtemps et la vie quotidienne, y compris la vie nocturne, retrouve progressivement ses marques. Le miracle économique est passé par là, le plan Marshall aussi, Berlin retrouve une vie nocturne comme du temps de Weimar. Il y a quand même une nuance et elle est de taille.

 

J’aimerais bien savoir de quelle nuance d’une telle taille la vie allemande nocturne peut bien être marquée, dit Lucien l’âne en levant ses deux oreilles en points d’interrogation.

 

Je disais qu’elle retrouve une vie nocturne comme du temps de Weimar et ce n’est pas inexact, mais la nuance est que le phénomène d’américanisation est encore bien plus fort qu’il ne l’avait été dans les années vingt et cette fois s’étend à toutes les heures du jour. Que raconte la chanson, où se déroule son histoire ?, je vois que cela te turlupine. On se trouve dans une boîte de nuit où l’on danse le tango ; un de ces lieux où sévit un orchestre et où des couples viennent se distraire, viennent passer la soirée, la nuit et dans cet endroit à l’atmosphère argentine, il va se commettre un crime. Une sorte de roman noir express et finalement, loi du genre, parodique et sinistrement drôle et chanté avec un sérieux mortel. Un crime aura lieu, mais on ne saura pas grand-chose de plus ; la police non plus. Le seul qui aurait pu les renseigner est précisément le mort.

 

Je brûle quand même d’en savoir un peu plus Marco Valdo M.I mon ami, car tu m’as intéressé et tu ne peux me laisser comme ça.

 

Alors voilà ce que raconte la chanson : un couple vient danser, s’installe au bar, à une table, que sais-je. Il s’installe pour la soirée. On ne dit pas à quoi ils ressemblent, sauf que c’est un gars et une fille ; le genre maquereau avec une donzelle. Le maquereau serre la donzelle. Tango, tango. On boit du champagne. J’ai mis du champagne pour la rime, mais dans la version allemande, ils boivent des Manhattans (mélange de martini et de whisky). Dans cette boîte un peu minable – c’est un bouge, le tango dure toute la nuit.

 

On dirait une ambiance argentine, comme on dit qu’il y en a à Buenos Aires, dit Lucien l’âne.

 

Donc, nos deux danseurs, provisoirement attablés – lui, Jacky Brown ; elle, Baby Miller, ce qui ne doit pas être leurs noms, mais ça fait plus américain s’attendent quand même à quelque chose. Lui, en tous cas et il lui qu’elle se mette à l’abri quand il lèvera son verre. Un homme entre, Jacky lève son verre, on éteint précipitamment els lumières, on tire. L’homme est à terre. La police arrive. Personne n’a rien vu, personne ne sait rien. Point. Le tango repart. Voilà l’histoire.

 

On se croirait dans un film américain, comme dans une histoire de gangster ; brrr, j’en ai froid dans les poils du dos, dit Lucien l’âne en frissonnant de toute son échine.

 

Précisément, comme au cinéma et le cinéma raconte (lui aussi) la vie et principalement (surtout là et à l’époque) la vie comme en Amérique (aux Zétazunis d’Amérique et encore, dans certains quartiers des villes). Une chanson qui participe du mirage américain, amplement diffusé et injecté dans les populations.

 

On est loin de la chanson sociale et politique de Weimardit Lucien l’âne. Même si celle-ci me paraît jeter un éclairage assez cru sur l’américanisation de l’Allemagne (de l’Ouest) et l’ampleur de ce phénomène.

 

Remarque, Lucien l’âne mon ami, Bertolt Brecht avait quant à lui écrit « L’Opéra de Quatre Sous » qui se déroule dans un milieu analogue et Arturo Ui, qui s’y passe tout autant, avec une atmosphère de fait divers et de crime assez proche de cette chanson. D’un autre côté, à l’époque de cette chanson, dans la France d’après-guerre (et sans doute dans les autres pays de la future Europe), on notait le succès de tout ce qui venait d’Amérique – cinéma, voitures, frigos, etc et Boris Vian écrivait des romans noirs « américains ». Il faudra d’ailleurs à l’Allemagne beaucoup de temps pour se détacher de cette emprise ; elle n’y est pas encore tout à fait parvenue ; elle ne pourra à mon sens s’en dégager que si elle arrive réellement à se diluer dans l’Europe, non pas en tant que nation, ni en tant que collection de peuples, mais en se sabordant en tant que nation, peuple, etc pour atteindre la citoyenneté européenne individuelle des citoyens – sans frontière. Ce qui vaut pour les gens d’Allemagne, vaut tout autant pour tous les autres citoyens d’Europe.

 

Tu y vas fort, Marco Valdo M.I. mon ami.

 

Peut-être, Lucien l’âne mon ami, mais c’est la seule voie pour « se dégager de cette emprise ». Évidemment, les implications de pareille dilution des nations dans l’Europe sont énormes et multiples, mais quand même assez plus intéressantes que les pusillanimités actuelles, faites de méfiances, d’envies et de rancœurs.

 

On ne réglera pas ça ce soir et en attendant il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde méfiant, envieux, pusillanime et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Tango criminel dans le bouge,
Sombres formes et lumière rouge.

 

Brown Jacky et Miller Baby

Dansent un tango serré,
Il lui dit doucement : « Baby,
Fais-toi petite, si je fais santé. »
Il commande deux champagnes.
Arrive un homme avec des lunettes
Jack lève son verre et Baby tremble,
On coupe alors soudain la lumière.

 

Tango criminel dans le bouge,
Sombres formes et lumière rouge.

Soir après soir brûle la mèche,
Dans l’air, sue une tension moite
E tous dansent un tango,
Tous, sans rien soupçonner.
Ils demandent à l’orchestre :
« Vous n’avez rien de plus chaud ? »
Car ils ne peuvent pas imaginer,
Ce qui aux petites heures
Dans le bistrot nocturne
Va bientôt se passer, pendant le tango.

Tango criminel dans le bouge,
Sombres formes et lumière rouge.

 

Éclairs rouges, attention,
Un coup de feu dans la tension,
Jacky et Baby dansent un tango,
Un tango très chaud.
La police n’a rien trouvé,
Rien de suspect.
Sauf l’homme aux lunettes,
Que le tir dans le noir a frappé,
Pourrait dire ce qui s’est passé,
Mais l’homme a cessé de parler.

 

Tango criminel dans le bouge,
Sombres formes et lumière rouge.

 

Soir après soir – la même chose, mais
Ce tango – ne finit jamais,
Ne finit jamais, ne finit jamais !

LE TANGO DU CRIME

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