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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 11:16

LE TAMBOUR, OU LE RÉGIMENT DE LA GARDE

 

Version française – LE TAMBOUR, OU LE RÉGIMENT DE LA GARDE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Die Trommel, oder Das Leibregiment – Kurt Tucholsky – 1923

 

 

 

 

 

 

Le Tambour ou le Régiment de la Garde est une chanson ironique et même assez gaillarde, écrite par Theobald Tiger, alias Kurt Tucholsky, au début des années 20 du siècle dernier. C’est une chanson qui ressemble à une chanson de troufions, à une chanson d’hommes des casernes.

 

 

 

Fort bien, dit Lucien l’âne en riant, faisant ainsi trembler son poitrail et balancer ses oreilles comme les ailes d’un faucon crécerelle. Fort bien, une chanson ironique et drôle, mais à propos, Marco Valdo M.I. mon ami, la question se pose d’elle-même : « De qui se moque-t-on ? »

 

 

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, j’admire ta perspicacité, car c’est bien le problème que pose au traducteur cette chanson. « De qui se moque-t-on ? ». Si tu veux bien, commençons par le commencement et posons immédiatement bien en vue la remarque du traducteur. Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, il se pourrait que ma « traduction » soit par endroits assez « fantaisiste » à des yeux orthodoxes et il est bien possible qu’ils aient raison, car justement, ce n’est pas une traduction. Je me suis souvent expliqué à ce sujet, mais il me faut insister : Ceci n’est pas une traduction ; c’est une version française et, qui plus est, la mienne. Pour autant, ce n’est pas une adaptation, car elle entend quand même s’en tenir au sens de l’originale. Libre à chacun d’en faire une autre et aussi, de faire savoir toutes mes éventuelles erreurs et mes contresens. »

C’était la première réponse à ta question : « De qui se moque-t-on ? ». Mais, ien évidemment, il y a d’autres réponses à cette question.

 

 

 

Sans doute, dit Lucien l’âne, mais j’aimerais quand même savoir – comme Bernart Bartleby, me semble-t-il – ce que raconte cette chanson.

 

 

 

Eh bien, vous allez être servis, car c’est dans la chanson ou autoir d’elle que se trouvent les réponses.

Et pur commencer, le titre. Il est cocasse et polysémique. Décomposons : Le Tambour d’un côté – devant ; le régiment, de l’autre côté, derrière.

Question numéro un : qui est le Tambour ?

Question numéro deux : qu’est-ce qu’un Leibregiment ?

 

 

 

Mais, dis-le-moi donc, Marco Valdo M.I. mon ami, qui est ce Tambour ? Que fait-il dans la chanson ?

 

 

 

De ce Tambour qui tant t’intrigue, qu’en dit la chanson ? Ceci :

 

 

 

« fanfaron, marche devant l’armée entière
Un tambour, un tambour, un tambour, »

 

 

En fait, chez Tucholsky, il faut penser que ses chansons sont souvent des chansons politiques de lutte contre le militarisme et le nationalisme. Donc, c’est un Tambour politique. Et déjà dès le début des années 20, il y a en Allemagne, un énergumène qu’on surnomme le Tambour, car tel le tambour de ville, il va claironnant et tambourinant ses rodomontades et ses borborygmes et cet énergumène est Adolf Hitler.

Ensuite maintenant, le Leibregiment ? Et aussi le roi Gustav ? Là, il faut faire un petit tour historique. Un Leibregiment est littéralement un « régiment du corps » ; plus exactement, il importe de lire : un « régiment de la garde du corps ». Du corps de qui ? Mais du roi Gustav, plus tard, du duc ce Bavière ou du roi de Bavière Louis II. C’est-à-dire un régiment affecté à la personne du souverain ; il est généralement composé de 20 ou 30 hommes. À Rome, il y avait les prétoriens ; pour Napoléon, ce fut la Garde impériale, la Garde (celle qui se meurt et ne se rend pas) ou la Vieille Garde.

 

 

Oui, tout cela est bien beau, mais qu’en est-il du Leibregiment du roi Gustav ?, relance Lucien l’âne.


Pour ce qui est du roi Gustav, l’explication – à mon sens – est double. En premier, il s’agit d’une évocation de la création par Gustav Vasa, roi de Suède, d’une Livgarde ; on était en 1520. C’était une garde du corps composée de 16 hommes venus du Darlana ou Darlicarlie, région du centre de la Suède. La Livgarde est probablement passée en Allemagne lors de la Guerre de Trente ans, un siècle plus tard et prit alors le nom de Leibregiment. Mais il faut aussi voir l’actualité allemande au moment où Tucholsky écrit cette chanson. On est en 1923. C’est l ’année du putsch de la brasserie à Lunich, qui conduit Hitler, alias le Tambour fanfaron, en prison et c’est aussi l’année où Gustav Stresemann occupe le poste de chancelier.

 

 

Jusqu’ici, dit Lucien l’âne d’un air un peu circonspect, je ne distingue pas vraiment le comique de cette chanson.

 

 

Tu as raison, Lucien l’âne mon ami, j’y viens. On a d’abord ce Tambour fanfaron qui marche devant tout un cortège de drapeaux et d’hommes en armes – ce sont les S.A. ; ensuite, il y a la cantinière qui couche avec tout le monde sur le tambour ; et vient le capitaine (Röhm, Erhardt ?), jaloux de la cantinière, bourré et au ventre comme un tambour et tout ce joyeux monde, une bande de gamins pas sérieux, se dispute, se bagarre dans le tambour. Finalement, le mieux est de lire la chanson.

 

 

C’est ce que je vais m’empresser de faire, Marco Valdo M.I. mon ami, et puis, nous reprendrons notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde plein de régiments, de capitaines bourrés, de cantinières et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien l’âne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Celui qui autrefois fit

Dans son froc face à l’ennemi
Mérite son surnom de Gustave le constipé.
Les soldats ont fait et donné
Gratuitement tout pour le prince.
Ont défilé avec les fusils et les drapeaux bariolés,
Mais fanfaron, devant l’armée entière, marche
Un tambour, un tambour, un tambour,
Rabadaboum, rabadoboum, rabadabour,
Du régiment de la Garde,
Du régiment de la Garde,
Qui porte le nom du Roi Gustave.

 

Le brave fantassin ne porte rien,
Car pour ça, il a sa voiture

Derrière le bourrin,
Dans la colonne
Marche la cantinière.

Elle connaît toute la troupe du régiment,
Car elle a connu chacun personnellement
Sur le tambour, sur le tambour, sur le tambour,
Rabadaboum, rabadoboum, rabadebour,
Du régiment de la Garde,
Du régiment de la Garde,
Qui porte le nom du Roi Gustave.

 

 

 

 

Le capitaine, un gros bouffi,
Reste volontiers jusqu’à midi au lit.
Mais seul, à contrecœur,
Et plein de vin et de lie,
Il est de mauvaise humeur.

Avec des yeux vitreux, il nous conduit
Mais en dedans, il est complètement cuit
Et promène son gros ventre comme un tambour,
Rabadaboum, rabadoboum, rabadibour,
Du régiment de la Garde,
Du régiment de la Garde,
Qui porte le nom du Roi Gustave.

 

Et ce cauchemar a une fin :
Au ciel, en morceaux découpés,
Les fantassins
Seront mis à griller
Très profondément empalés !

Le diable n’est pas un mauvais bougre,
Il a mis à rôtir ensemble la fille et le capitaine
Dans le tambour, dans le tambour, dans le tambour,
Rabadaboum, rabadoboum, rabadobour,
Du régiment de la Garde,
Du régiment de la Garde,
Qui porte le nom du Roi Gustave.

 

Meurt même un général.
Le tambour repose à l’arsenal.
Dans sa housse.
Pour les rats,
Comme avant, la vie continuera.

 

Car ils mangent et aiment et boivent,
Font les cons et se querellent et se bagarrent 
Dans le tambour, dans le tambour, dans le tambour,
Rabadaboum, rabadoboum, rabadubour,
Du régiment de la Garde,
Du régiment de la Garde,
Qui porte le nom du Roi Gustave.

LE TAMBOUR, OU LE RÉGIMENT DE LA GARDE

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