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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 15:24

LETTRE À MON FILS (SI…)

 

Version française – LETTRE À MON FILS (SI...) – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Lettera al figlio (Se) – Massimo Priviero – 2010

 

Librement inspirée du poème If de Kipling

 

 

Si tu es vrai parmi ceux qui ne le sont pas,

Si le vent des routes est celui que tu veux,

Si tu sais regarder dans les yeux,

 

 

 

 

 

Voici donc, Lucien l’âne mon ami, une chanson de Massimo Priviero dont je viens de faire une version en langue française. Cependant, je vais commencer par te parler un peu d’un texte inséré en annexe à cette chanson, un très étonnant « BRÉVIAIRE POUR LAÏCS » ; étonnant à plus d’un titre. D’abord, par son auteur Antonio GRAMSCI[[35149]], dont on ne s’attendrait pas à ce qu’il traduise Rudyard Kipling, que George Orwell définissait comme « prophet of British Imperialism » un prophète de l’impérialisme, c’est tout dire, quand on pense au méridionalisme de Gramsci. Ensuite, un « BRÉVIAIRE POUR LAÏCS » est en soi une chose inattendue…

 

 

C’est en effet étonnant dans ce nid de papes, de cardinaux, d’archevêques, d’évêques, de frères, de moines, de sœurs, de nonnettes, etc. 

 

 

Évidemment, on comprend mal aujourd’hui, mais cela s’explique par le moment où Gramsci écrit ce bréviaire, cet abrégé de doctrine. On était en 1916 et malgré la guerre, l’Italie était encore un État laïque, c’est-à-dire un pays adulte qui avait débarrassé le domaine public des religieux. Ce n’est plus le cas à présent depuis que le fascisme a réinstallé l’Église au milieu du village et pire encore, de l’école.

 

 

Ah, Brecht avait raison, dit Lucien l’âne en dressant les pils de l’échine. Le ventre est encore fécond où se reproduit la chose immonde.

 

 

Pourtant, quand j’avais choisi de traduire cette « Lettera al figlio » de Massimo Priviero ou plus sommairement intitulée « Se... » (Si…), j’ignorais tout de son importance et où elle allait m’emmener.

 

 

C’est souvent le cas des chansons qu’on rencontre ici et qu’on découvre. J’ajouterais « forcément », car ton inculture est immense, presque comme la mienne.

 

 

Certes, mais cette chanson-ci est ornée d’appendices non négligeables ; ce qui en accroît la taille et la complexité. Je m’en vais m’en expliquer à l’instant, car je vois bien ton œil qui vibre d’interrogation.

 

 

Bien sûr que je suis tout tremblant d’interrogation après un tel préambule. J’en suis tout coi. Alors, sans attendre, dis-moi quoi.

 

 

A priori, comme je t’ai dit, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. Ce n’est qu’en avançant que je me suis aperçu de l’ampleur de cet ensemble qui m’a conduit à toute une série de découvertes et de traductions supplémentaires. En résumé, il y a :

La « Lettera al figlio » de Massimo Priviero et sa version française que j’ai établie ;

 

le poème de Rudyard Kipling « If » (Si... ) – 1910, dont existent un certain nombre de versions interprétées par divers chanteurs et groupes ;

 

une version italienne de ce texte de Kipling par Antonio Gramsci : Se-Breviario per Laici di Rudyard Kipling (1916) et ma version française du BRÉVIAIRE POUR LAÏQUES;

 

une chanson française de Bernard Lavilliersintitulée sobrement « IF... », dont le texte est celui de la version française d’André Maurois (1918), ainsi qu’une série d’autres versions françaises [http://www.crescenzo.nom.fr/kipling.html] ;

 

ensuite, un très remarquable ANTI-KIPLING du poète brésilien Domingos Carvalho da Silva (1915-2004) et la version italienne de Ruggiero Jacobbi (1973), dont je me suis fait un devoir et un plaisir de faire une version française, sans en changer le titre.

 

 

Fort bien, dit Lucien l’âne en ouvrant des yeux de hibou pour marquer son ébahissement. Et sur le fond ?

 

 

Oh ! Il y aurait beaucoup à dire. En premier lieu, il faudrait parler de la parenté de cette chanson avec les chansons de Georges Brassens « La mauvaise herbe [[2673]]» et « La mauvaise réputation [[1661]] » et aussi, de situer ses origines philosophiques, avant la colonisation judéo-chrétienne de l’Europe, quelque part en Grèce du côté d’Épicure ou de Diogène. Pour nos derniers siècles, j’y verrais assez bien une parenté avec le courant anarchiste ou libertaire, sans doute d’un anarchisme bien tempéré…

 

 

Un bémol cependant, dit Lucien l’âne en souriant. Une lettre au fils, c’est bien, mais que fait-on des filles ?

 

 

Pour les filles, on indiquera d’autres chansons d’initiation à la vie. Je renverrais volontiers à Boris Vian qui disait : « Ne vous mariez pas les filles ![[48856]] » et à Brassens encore qui suggérait : « Embrasse-les tous ! » et « La Chansonnette à celle qui reste pucelle », qu’il nous faudra insérer ici un de ces jours.

 

 

Bien, bien, dit Lucien l’âne un peu effaré. Laissons mûrir cette mauvaise herbe…

 

 

Halte ! Lucien l’âne mon ami, je t’arrête là avant que tu ne conclues à ton habitude, il me plaît de signaler aussi – c’est indispensable ! – une autre chanson italienne au titre similaire ; c’est la « Lettera al figlio [[34025]]» de notre ami Germano Bonaveri, dont j’avais fait une version française, il y a déjà quelques années. Enfin, reprenons notre tâche et tissons, tissons le linceul de ce vieux monde trop riche, trop affairiste, trop sombre, trop envahissant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Si tu es vrai parmi ceux qui ne le sont pas,

Si le vent des routes est celui que tu veux,

Si tu sais regarder dans les yeux,

Celui qui a visé ton front et lui dire « je suis là »,

Si tu trouves le cœur du temps passé,

Si tu cherches en vain ta vérité,

Le monde que tu vois sera un jour à toi et tu seras un homme doux, mon fils.

 

Si tu te tiens à l’écart des mafias et des héros

Si tu partages ton meilleur pain,

Si les joies et les peines de ton destin

Ne régissent pas ton existence

Si tu perds tout, tout ce que tu tiens

Mais pas ta voix qui dit « Résistance ! »

Le monde que tu vois sera un jour à toi et tu seras un homme doux, mon fils.

 

Si tu sais jouer parmi ceux qui ne savent pas

Si tu comptes pour rien qui te maudit

Si ce n’est pas le succès que tu poursuis

Mais la couleur des caresses que tu feras.

Si tu sais mourir aux côtés de tes amis en souriant

Si tu recherches l’innocence à chaque instant

Le monde que tu vois sera un jour à toi et tu seras un homme doux, mon fils.

 

Si tu penses que tout chemin à chaque pas de chaque pied

A besoin de lumière, de paix et de liberté,

Si l’or que tu vois et que tu n’auras pas

Est sans intérêt pour jauger ce que tu seras

Si tu sais danser avec les mendiants et les rois

Et ne changes rien à ce qui compte pour toi 

Le monde que tu vois sera un jour à toi et tu seras un homme doux, mon fils.

Le monde que tu vois sera un jour à toi et tu seras un homme doux, mon fils.

 

 

 

 

« SI » – BRÉVIAIRE POUR LAÏCS


Version française de la traduction d’Antonio Gramsci (17/12/1916) - « SI » – BRÉVIAIRE POUR LAÏCS – Marco Valdo M.I. – 2016

 

 

 

Si tu peux garder ton calme, quand tous ont perdu la tête et disent que c’est ta faute

Si tu es sûr de toi quand tous doutent et que tu comprends ces doutes

Si tu peux attendre, sans te lasser d’attendre

Si tu ne mens pas au milieu des mensonges

Ou, haï, tu ne te laisses pas emporter pa la haine, sans avoir l’air trop bon, ni trop sage

Si tu peux rêver sans être esclave de ton rêve,

Si succès ou désastre, tu traites ces deux imposteurs de même manière

Si tu peux entendre reprise la vérité que tu as émise, arrangée par des fourbes pour piéger des osts,

Si tu peux regarder les choses que tu as créées se détruire et si t’abaissant, tu les reconstruis avec tes mêmes instruments,

Si tu peux entasser tes gains, les risquer en un coup, jeter le dé, les perdre et recommencer tout du début, sans jamis dire un mot de ta défaite,

Si tu peux contraindre ton cœur, tes nerfs, tes muscles à servir, même après qu’ils se sont abîmés et tenir ferme, quand tu n’auras plus en toi que la volonté de dire à ce qui reste : tenez ferme,

Si tu peux parler aux multitudes en gardant ta vertu, et parler aux rois en gardant le sens commun,

Si un ennemi ne peut te blesser, ni même un ami,

Si tous les hommes ont une valeur pour toi, mais aucun n’en a trop,

Si tu arrives à remplir ta minute fatale de soixante secondes qui vaillent,

Alors, la terre est tienne et avec elle, tout ce qu’elle contient et ce qui importe plus encore, tu seras un homme, mon fils.

 

 


ANTI-KIPLING


Version française – ANTI-KIPLING – Marco Valdo M.I. – 2016

d’après la version italienne de RUGGERO JACOBBI

de l’Anti-Kipling du poète brésilien Domingos Carvalho da Silva (1915-2004).

 


Si, mon fils, tu croîs tordu comme

Croît le long de l’arbre tord la liane,

Ou tu t’engraisses dans la boue,

Comme la plante grasse dans la vase,

Contemple le bleu du ciel et pense,

Car le reste n’a aucune importance.


Aigle ou chacal tu seras.

Le monde admet tout et

Le soleil ne distingue pas

Entre les fleurs et le fumier.

Tu feras les péchés les plus pervertis

Je t’absoudrai. Rien n’avilit

Ou n’anoblit la vie.

La vérité et la vertu agonisent

Dans la même solitude funèbre

Où les vers et les rats

N’importent pas.

 

Avec Dieu, sans Dieu ou contre Dieu,

Tu te hérisseras dans un monde envieux

Agressé par les loups du bien, les agneaux de la guerre,

Les colombes du mal, les tigres de la bienveillance.

 

Tu aimeras celle qui un jour trahira ta confiance.

Tu te vengeras sur la femme de ton frère,

Sur ta propre sœur. Tu commettras encore

D’autres incestes de moindre importance.

 

Tu seras absent à toutes choses -

Cela importe nullement -

Et ton soleil sera brillant

Même si derrière cette splendeur se tient ta face morte

Et à rien d’autre tu n’accorderas la moindre importance.

 

Mais si tu participes, tu meurs, tu souffres

Maudissant ta vie qui fut ton seul héritage

Et ton père, et ta mère et le monde

Qui un jour, te poussa aux forceps à ton ultime agonie,

À ta dernière heure, tu sauras quand même

Que tout cela n’avait aucune importance.

 

 

 

Tu seras un Homme, mon fils

Version française du poème “If” de Rudyard Kipling (1910)

traduit de l’anglais par André Maurois (1918).

 

Interprète : Bernard Lavilliers : IF (1988) [https://www.youtube.com/watch?v=zY3dnHlGggY]

 

 

 

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie

Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,

Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties

Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,

Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,

Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,

Pourtant lutter et te défendre ;

LETTRE À MON FILS (SI…)

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