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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 10:12

Gand, La Dame

 

Chanson française – Gand, La Dame – Marco Valdo M.I. – 2015

 

 

Ulenspiegel le Gueux – 4

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

 

 

 

Prise par la ruse et punie par les armes,

Gand ne parla plus et ne put plus se défendre.

(Gand vers 1560 - d'après Lucas De Heer)

 

 


Si la chose t'intéresse, Lucien l'âne mon ami, voici la suite de cette histoire de Till le Gueux et de cette confrontation entre les gens d'ici et les armées d'ailleurs. Cette fois, dans le roman qui m'inspire, Charles De Coster raconte la prise et la destruction de la Ville de Gand par Charles-Quint. C'est un des prodromes de ce qui va ne faire que s'amplifier tout au long du siècle : l'affrontement entre les Espagnols et les habitants des Pays Bas. Cette chanson relate un moment des prémices de la Guerre des Gueux et aussi, un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans, à savoir l'élimination progressive des villes libres au profit d’États de plus grande envergure, préludes eux-mêmes aux États nationaux du XIXiéme siècle.

 

 

Allons, allons, Marco Valdo M.I. mon ami, ne t'égare pas dans l'Histoire. Il ne s'agit quand même que d'une chanson…

 

 

Je t'assure, Lucien l'âne mon ami, que ceci ne nous éloigne pas de notre sujet. Bien au contraire, c'est un simple résumé qui permet un décryptage de cette chanson. Elle le mérite et elle en a bien besoin. Je veux juste donner quelques indications, mais si tu veux en savoir plus, il te faudra faire les mêmes recherches que moi. Ce qui n'est pas désagréable du tout, je te le dis. Cependant, je n'entends pas, rassure-toi, commenter pédantesquement ligne par ligne cette chanson. Je ne suis pas ici pour jouer au professeur. Il en existe d'excellents qui font ça très bien. Je ne souhaite pas leur couper l'herbe sous les pieds. Une expression que tu devrais comprendre aisément et qui n'a pas besoin (elle) d'explication.

 

 

J'apprécie assez cette ironie ad asinum et je comprends fort bien cette expression où il est question d'herbe et de pieds. Je me demande si ce n'est pas un âne qui l'a inventée. Maintenant, c'est le moment de tes explications… Mais en bref.

 

 

La première va te surprendre, car elle est d'un ordre linguistique. As-tu déjà entendu parler du génitif saxon ?

 

 

Bien sûr. Il existe en allemand, en anglais, en néerlandais et sans doute, en flamand et dans d'autres langues. Mais encore ?

 

 

Eh bien, Lucien l'âne mon ami, j'en ai glissé un dans ce texte, mais c'est un génitif saxon tel qu'il est pratiqué encore aujourd'hui à Bruxelles. Ma tante Ghislaine, qui était d'origine montoise mais vivait à Bruxelles, racontait la stupéfaction qu'elle éprouva devant le récit d'un incident entre chien et chat. Ce récit est très court, il disait : « Le docteur son chien a mordu la madame son chat », ce qui veut dire : « Le chien du docteur a mordu le chat de la dame ». C'est exactement la construction, qu'on trouve au premier quatrain :

« Gand, la dame, refusa de verser

À l'Empereur son fils, le tribut demandé. »

 

Sur ce, je reviens à mes autres explications et à la Ville de Gand vers 1540. À la suite de luttes internes entre les métiers, d'un côté et les marchands, de l'autre, Charles-Quint avait imposé à Gand son autorité et par ailleurs, il réclamait des sommes considérables. Au passage, je te rappelle que Charles est né à Gand en 1500, ce qui explique cette histoire de mère et de fils dans la chanson. Donc, Gand, déjà saignée par les précédents souverains, refuse de payer le tribut et entre en révolte, ou l'inverse. On est en 1538. Le temps pour Charles-Quint, empereur de son état, de terminer d’autres guerres, de rassembler ses armées, d'obtenir le passage par terre à travers les Pyrénées et la France – François Ier le lui accorde en 1539 – et voilà, trois mois plus tard – fin janvier 1540 ou début février, Charles-Quint aux portes de Gand dont les bourgeois n'avaient pas voulu préparer la défense en faisant appel aux milices, c'est-à-dire aux métiers… Résultat, l'Empereur entre en ville et c'est la saignée – dans tous les sens possibles : morts, pillages, destructions, impôts. La libre Gand est désarmée, ses fortifications détruites et elle est réduite au rang de ville sous tutelle.

 

 

Bien merci, Marco Valdo M.I. mon ami, mais je t'en prie arrête-toi là dans tes explications. Ce que je voudrais dire, de mon côté, et sans doute tu pourras me le confirmer (ou me démentir), c'est qu'il me semble que tu ne racontes pas ici toutes les histoires que la légende attribue à Till et pas toutes celles que raconte Charles De Coster.

 

 

Pour cela, Lucien l'âne mon ami, tu as parfaitement raison. Cependant, je te ferai remarquer que je n'entends pas raconter la légende de Thyl Ulenspiegel, mais bien l'histoire de Till le Gueux ; ce qui, tu en conviendras, n'est pas la même chose. Je ne retiens des aventures narrées par De Coster que celles qui intéressent Till en tant que personnage historique et en quelque sorte, politique. Comme cela a dû certainement t'apparaître jusqu'ici. Till est en fait la figure emblématique des pauvres et l'autre, Philippe II, celle des riches. Ceci replace cette saga dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour les mieux asservir, pour étendre leurs privilèges, pour multiplier leurs richesses, pour assurer leur domination…

 

 

Ah, je me disais bien qu'il devait y avoir une explication à cette façon de voir et de raconter l'histoire de Till le Gueux.

 

 

Cela dit, Lucien l'âne mon ami, Charles De Coster a procédé de la même manière. En fait, pour pouvoir développer son Thyl Ulenspiegel et lui donner son rôle et sa stature de « héros », et d'en faire un roman d'une certaine taille, se référant à une longue tradition, qui de L'Âne d'Or passe par Don Quichotte, il s'est appuyé sur un roman du XVIième siècle allemand (Ein kurtzweilig Lesen von Dyl Ulenspiegel, geboren uß dem Land zu Brunßwick, wie er sein leben volbracht hat... (Un ouvrage amusant sur Till l'Espiègle, né dans le pays de Brunswick, comment il a mené sa viequi se composait d'anecdotes populaires, telles qu'on pouvait s'en raconter dans les foires, les marchés, sur les routes, dans les tavernes, les auberges, les villages et les villes de ce temps. Ce sont ces anecdotes qui se sont répandues dans toute une assez vaste région (Rhin, Meuse, Escaut). De Coster y a ajouté certains épisodes plus « politiques » qui ont donné à son Thyl toute sa puissance et ce sont ceux que je reprends. Un dernier mot rapidement pour noter une certaine parentéentre Till le Gueux et l'Arlequin amoureux, tous deux « sujets » de l'Empereur, tous deux errant au travers de l'Europe d'alors.

 

 

On peut y ajouter Chveik le soldat et aussi, Oscar Matzerath, le héros du Tambour de Günter Grass. Enfin, concluons et reprenons notre tâche et tissons à nouveau le linceul de ce vieux monde plein de souverains, de répression, d'exactions, de ruines et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Déjà ruinée, exsangue et révoltée

Gand, la dame, refusa de verser

À l'Empereur son fils, le tribut demandé.

Charles dit : elle sera rudement châtiée.

 

La bastonnade d'un fils est plus dure

Au dos de sa mère

Que la sanglante blessure

Faite par une main étrangère.

 

Bon prince, François au Long-Nez

Laissa passer Charles et ses armées.

Entre souverains, il faut bien s'entraider.

Ainsi, l'Empereur franchit les Pyrénées.

 

Enfin, Charles-Quint vînt au travers de la France.

Avec quatre mille chevaux et dix fois plus de fantassins.

Il entra dans Gand, la bourgeoise, presque sans résistance.

Il lui infligea le plus terrible chagrin.

 

Ses sbires s'en furent partout en ville

On vit des postes militaires et des rondes peu civiles.

Alors seulement, Charles prononça la sentence.

Le peuple de la cité était puni pour désobéissance.

 

Il fit raser toutes les défenses :

Les murs, les tours, les portes.

Il abolit toutes les libertés.

Pour enrichir l'Espagne, tout fut confisqué.

 

Prise par la ruse et punie par les armes,

Gand ne parla plus et ne put plus se défendre.

Roelandt, la grande cloche, vit pendre

À son battant, celui qui avait donné l'alarme.

Gand, La Dame

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