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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 22:12

La Patrouille portant potence

 

 

Chanson française – LPatrouille portant potence – Marco Valdo M.I. – 2015

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 12

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

Hop, hissez le rideau !

Cette cour, c'est mon berceau

Dit Matthias tout joyeux

Rentrant au logis de ses aïeux.

 

 

 

Donc, Lucien l'âne mon ami, nous voici encore une fois de retour auprès de l'Arlequin amoureux. C'est la douzième. Et, comme toujours avec chaque nouvelle chanson, je me repose la même question.

 

Et quelle question pourrait-elle être si lancinante ? Je pense qu'il devrait s'agir de ce doute qui te prend et où comme nombre de ceux qui écrivent des paroles, des musiques, qui peignent… tu t'interroges sur ce que tu es en train de faire. Est-ce que je me trompe ?

 

Certes pas, Lucien l'âne mon ami, au contraire, tu as mis le doigt sur ce qui me transperce, car c'est bien une question comme celle-là qui me revient à chaque fois. Je me demande si je fais assez bien, si je fais bien de faire, si je ne ferais pas mieux de ne rien faire, si cette façon de faire est bonne. Oh, je ne suis pas aussi tourmenté qu'un Gombrowicz, mais enfin, c'est bien de cet ordre-là. On est dans l'ordre de la création et non de la production. C'est en quelque sorte vital, existentiel. Et puis, en finale, je conclus en me disant que si le cerisier devait se poser de telles questions, il n'y aurait jamais de cerises et honnêtement, je vois bien ce que ce travail a d'original, comme il s'écarte des chemins fréquentés et advienne que pourra !

 

 

Moi, dit Lucien l'âne, je vais te dire, Marco Valdo M.I. mon ami, ce que j'en pense, moi qui suis ton compagnon de voyage et sans doute, ta conscience réflexive. D'abord, il te faut te persuader que tout ceci est l'expression tranquille de ta liberté, qui ne demande qu'à se déployer dans le temps et le lieu (hic et nunc) où tu résides. Où pourrait-elle te trahir ? Ensuite, et c'est assez essentiel, tu le fais pour le faire et sans véritablement d’autre intérêt que la réalisation elle-même, au jour le jour, comme va la vie elle-même. Cahin-caha ! C'est une démarche lente et créatrice et cela est bien. Pour le reste, comme tu le dis, advienne que pourra.

 

 

Tant qu'on y est à parler de ça, laisse-moi te dire, Lucien l'âne mon ami, un dernier mot. Ces séries – il y en a plusieurs – et ces centaines de versions de chansons me semblent constituer elles-mêmes une sorte de très grand récit, une épopée qu'on peut lire en la prenant par tous les bouts. Et on pourrait en dire autant des CCG, ouvrage collectif, s'il en est. Mais aussi on peut en extraire des récits singuliers ou des histoires plus grandes. J'ai par exemple repris à part, comme il arrive qu'on le fasse d'une partie d'un livre – par exemple, les 100 chansons des Histoires d'Allemagne et les deux vialatteries qui les introduisent et j'en ai fait une version digitale (http://ansdegrass.blogspot.be/en les présentant dans l'ordre chronologique comme elles le seraient dans un livre. C'est un tout cohérent et une sorte de livre électronique. Je l'ai fait aussi pour Dachau Express et ses 24 chansons. Je devrai le faire pour le Cahier Ligné et ses 104 chansons. Et les autres… Je sais aussi que ce sont là des suites tellement démesurées qu'elles en deviennent des chansons impossibles. On pourrait certes en extraire l'une ou l'autre, mais elles seraient comme orphelines. 

 

 

D'accord, Marco Valdo M.I. mon ami, voilà qui me paraît tout à fait bien mis au point et maintenant, dis-moi où on en est dans cette histoire d'Arlequin amoureux.

 

 

Arlequin, souviens-toi, Lucien l'âne mon ami, était après un long voyage arrivé devant chez lui, devant la ferme familiale. Au village, il a déjà appris que sa mère est morte, que sa sœur est morte et que son frère cadet Lukas est devenu le maître des lieux et est en cheville avec une matrone, qui porte au doigt la bague de la mère morte – tout un signe. Cette nouvelle chanson demande : que va-t-on faire du revenant ? C'est souvent malheureusement ainsi que se pose la question du retour du soldat et pire encore, du déserteur. Moment crucial que l'entrée dans la maison. Il va se jouer  un drame terrible entre 4 personnages : Mattias-Matysek, notre Arlequin de retour ; Lukas, son frère cadet ; Rosalie la matrone, la fiancée de Lukas et Barbora, sa fille. En fait, il y en a même un cinquième : Arlecchina, qui ne s'adresse qu'à l'Arlecchino. C'est un drame, car Matthias découvre très vite qu'il n'est pas le bienvenu, qu'on le suspecte de vouloir reprendre la ferme, qu'il est ou sera dénoncé par son frère et qu'il ne lui reste qu'à reprendre son errance – après l'hiver, lui concède-t-on, on attendra bien jusque là. Comme il est dit : Rosalie veut sa maison… la bague de la mère morte en témoigne. On retrouve ici l'effrayant instinct maladif de propriété, ce goût avide de la richesse, même médiocre, même minuscule.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, des histoires atroces circulent depuis longtemps qui racontent ces sordides manœuvres engendrées par la possession de la possession. C'est une des sources de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches, les possédants et les aspirants à la richesse (aussi médiocre, aussi petite soit-elle) – mènent contre les pauvres pour maintenir leur pouvoir, assurer leur propriété et leurs privilèges, étendre leurs possessions. Alors, il nous faut plus encore reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde propriétaire, possesseur, avide et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Hop, hissez le rideau !

Cette cour, c'est mon berceau

Dit Matthias tout joyeux

Rentrant au logis de ses aïeux.

 

Qui donc es-tu toi ?
Je suis la fille, on me nomme Barbora.

Que fais-tu là, Barbora ?

J'égerme les pommes de terre, comme tu vois.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Matysek entre dans la maison.

Qui est celle-là ? La mère du laideron.

Jeune, elle avait taille fine et pied léger

Elle avait épousé le savetier, à présent décédé.

 

Resterait-il la nuit, allait-on le loger ?

Nous sommes frères, Matysek, dit Lukas.

Coucher ici ou filer après le repas ?

Rien ne presse, il n'est pas temps de s'en aller.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Au matin, le coq s'égosille

Les mouches bourdonnent, le pigeon s'envole.

Eh, pollo, tu t'enracines, tu es toujours là.

Allez vous rhabiller, madreperla.

 

Arlecchino, où est ta raison ?

Je ne bouge plus d'ici, Arlecchina.
Mais, pollo, Rosalie, la fiancée de Lukas

Veut obstinément sa maison.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Matysek, j'ai parlé au curé.

Matthias, j'ai tout dit au bailli.

Matthias, il faut t'en aller.

Ou bientôt, tu seras repris.

 

Nous sommes frères, dit Lukas, écoute-moi bien.

On me l'a dit, Matysek, en confidence.

Après l'hiver, le printemps vient

Et pour le déserteur, la patrouille portant potence.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 
La Patrouille portant potence

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