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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 16:42

La Moribonde

 

Chanson de langue française – La Moribonde – Marco Valdo M.I. – 2015

Parodie de la chanson – Le Moribond – Jacques Brel – 1961 – Jacques Brel – 1961

 

 

 

 

 

Adieu Berlin, je ne t'aimais pas bien.

Adieu Berlin, je ne t'aimais pas bien, tu sais.

J'en crève de crever aujourd'hui

Alors que toi, tu es bien vivant

Et plus solide que l'ennui.

 

 

 

 

 

 

 

Je vois, Marco Valdo M.I. mon ami, à son titre que ta chanson raconte des choses terribles et que c'est une femme ou une personne féminine qui en est la protagoniste. Et, comme je connais assez bien le répertoire de Jacques Brel, j'imagine que cette moribonde parle de sa fin, de sa disparition et de son enterrement. Je pense bien en outre qu'elle entend régler ses comptes avant de s'en aller. Mais, dis-moi, qui est-elle, cette moribonde ?

 

 

D’abord, Lucien l'âne mon ami, tu as raison, c'est bien une parodie… Tu connais mon goût et celui de la chanson populaire pour les parodies… Donc, c'est une parodie d'une chanson du Grand Jacques, comme on l'appelle ici chez nous. Une parodie du moribond… Chez Brel, elle raconte l'histoire d'un homme qui se sent partir dans le néant et qui, en effet, comme tu l'as bien dit, règle ses comptes avec son entourage : son ami, le curé, l'amant de sa femme et sa femme. Il leur dit leurs quatre vérités. Par ailleurs, c'est un mourant dont on ne dit jamais le nom dans la chanson, une sorte de figure anonyme et générale : « Le » moribond, un personnage de la grande comédie humaine. Mais ce n'est pas du tout le cas dans ma chanson. La moribonde, même si on ne dit jamais son nom, il est aisé de savoir de qui il s'agit. Il s'agit tout simplement de l'Europe en train de mourir. À ce sujet, nous ne sommes pas les seuls à le penser ; j'en tiens pour exemple la revue italienne Micro-Mega et son article de tête : « La pagnotta del Quarto Reich. Luglio 2015: il mese che ha riaperto la questione tedesca » [http://temi.repubblica.it/micromega-online/la-pagnotta-del-quarto-reich-luglio-2015-il-mese-che-ha-riaperto-la-questione-tedesca/]

 

 

 

L'Europe en train de mourir ? En voilà une histoire. Ainsi, tu joues ton Bossuet… « L'Europe se meurt, l'Europe est morte » aurait d'ailleurs pu être une autre parodie.

 

 

C'eût pu et cela sera peut-être, si j'ai le temps… Ce serait pas mal de reprendre l'oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre telle que la fit l'Aigle de Meaux en 1670. Pas tout, ce serait un immense pensum ; cependant cet extrait me paraît s'y prêter :

« O nuit désastreuse! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle: Madame se meurt, Madame est morte! Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup, comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille? Au premier bruit d'un mal si étrange, on accourut à Saint-Cloud de toutes parts; on trouve tout consterné, excepté le cœur de cette princesse. Partout on entend des cris, partout on voit la douleur et le désespoir, et l'image de la mort. Le roi, la reine, Monsieur, toute la cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré, et il me semble que je vois l'accomplissement de cette parole du prophète: Le roi pleurera, le prince sera désolé, et les mains tomberont au peuple, de douleur et d'étonnement. »

Mais ce n'est pas cela en ce qui tient à la chanson. On serait plus proche pour en rester aux classiques du laboureur et ses enfants de La Fontaine :

« Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins... ».

Bref, en ce beau matin de juillet, l'Europe se réveille moribonde et s'adresse à quelques-uns des États qui la composent (mais l'avertissement vaut pour tous : REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VOUS LE FERONT DEMAIN) et les interpellant du nom de leur capitale. Elle plaint la Grèce de son destin d'esclave, elle reproche à la France son inertie, elle annonce à Bruxelles la fin de son rôle de capitale européenne et enfin, elle dit à Berlin, qu'elle se meurt de ce que l'État allemand poursuit le rêve d'Otto von Bismarck, c'est-à-dire la conquête par n'importe quel moyen de tout le continent.

 

 

Eh bien, on n'a pas fini de rire, dit Lucien l'âne en frémissant de toute son échine et en relevant tel un plumeau sa queue vengeresse. Par ailleurs, tu as raison de dire par n'importe quel moyen… pour l'instant, ils ne sont pas militaires, mais il est vrai que – tant qu'on acceptera ces soi-disant contraintes budgétaires, dettes et autres fariboles financières – les capitaux suffiront à étrangler les gens ; le mécanisme est simple : je te prête de l'argent pour que tu achètes mes produits ; je te pousse à la surconsommation ; puis, comme tu ne peux plus faire face aux échéances, je t'étrangle et je te saisis tout à vil prix. En fait, on traitait déjà ce point dans tes Histoires d'Allemagne [[45577]]

 

« Avec la même insouciance moutonnière
Des troupeaux qu'on mène à l'abattoir
Marche maintenant l'Europe entière
Accomplissant le rêve d'Otto ou plutôt, son cauchemar. »

 

 

Heureusement, on peut encore penser que Don Quichotte [[41719]], Rossinante, Sancho, le plat à barbe et moi-même l'âne, pourrons faire obstacle à la PanzerKommission…

« Votre Grande Europe n'est pas notre destin.
Faibles, pauvres, nous sommes l'Europe de demain. 
»

Pour le reste, reprenons notre tâche et tissons contre vents et marées le linceul de ce vieux monde hanté par les fantômes, caporalisé, dressé, tétanisé et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Adieu Athènes, je t’aimais bien.

 

Adieu Athènes, je t'aimais bien, tu sais.

J'ai mangé, j'ai bu tous tes vins ;

J'ai fait danser toutes tes filles ;

J'ai conduit à la ruine ta famille.

Adieu Athènes, je vais mourir, tu sais.

C'est dur de mourir au printemps

Mais je pars aux fleurs désespérée,

Car vu que tu es à genoux maintenant,

Je sais qu'ils te prendront même tes musées.

 

Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Je veux qu'on s'amuse comme des fous,
Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou !

 

Adieu Paris, je t’aimais bien.

Adieu Paris, je t'aimais bien, tu sais.

Tu aurais dû virer de bord,

Tu aurais dû changer de chemin,

Mais tu n'as pas quitté ton port.

Adieu Paris, je vais mourir tu sais.

C'est dur de mourir à l'été,

J'en crève de crever à présent,

Alors que toi, tu perds ton temps.

Je sais qu'ils viendront au printemps

 

Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Je veux qu'on s'amuse comme des fous,
Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou !

 

 

Adieu Bruxelles, je t'aimais bien.

Adieu Bruxelles, je t'aimais bien, tu sais.

Moi je prends le train pour le néant,

Tu prendras le train après le mien,

Mais on prend tous un train suivant.

Adieu Bruxelles, je vais mourir,

C'est dur de mourir à l'automne, tu sais,

Mais je pars aux fleurs sans hésiter

Car vu ce que je t'ai donné jusqu'à présent

Je sais que tu pleureras le bon vieux temps.

 

Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Je veux qu'on s'amuse comme des fous,
Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou !

 

 

Adieu Berlin, je ne t'aimais pas bien.

Adieu Berlin, je ne t'aimais pas bien, tu sais.

J'en crève de crever aujourd'hui

Alors que toi, tu es bien vivant

Et plus solide que l'ennui.

Adieu Berlin, je vais mourir,

C'est dur de mourir en hiver, tu sais,

Mais je pars aux fleurs sans un sourire

Car vu que tu rêves en allemand,

Je sais que tu veux tout le continent.

 

Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Je veux qu'on s'amuse comme des fous,
Je veux qu'on rie,
Je veux qu'on danse,
Quand c'est qu'on me mettra dans le trou !

 
 
 
La Moribonde

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