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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 22:00

BALLADE DU PARAGRAPHE 218

 

 

Version française – BALLADE DU PARAGRAPHE 218 – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – Ballade vom Paragraphen 218 – Bertolt Brecht – 1929

Poème de Bertolt BrechtMusique de Hanns Eisler et par la suite aussi de Gustavo Beccerra-Schmidt (1925-2010), compositeur chilien, exilé en Allemagne en tant 1973 et naturalisé allemand.

 

 

 

MON VENTRE M'APPARTIENT !

 

 

 

 

 

Peut-être la première chanson au monde en défense de l'interruption de grossesse et contre les lois faites contre les femmes…

 

L'avortement a toujours été et est encore illégal en Allemagne, même si en 1995, la loi a été modifiée en introduisant des exceptions et conditions de circonstances atténuantes.

 

« En Allemagne pré-nazie, l'avortement était régi par l'article 218 du Code introduit par la République de Weimar. Il prévoyait la licéité de l'avortement au cas où l'accouchement aurait mis en danger la vie de la mère.

 

Les nazis ne modifièrent pas la loi si ce n'est en permettant l'avortement au cas où la naissance des enfant serait un danger pour l'hygiène raciale allemande. En d'autres termes, l'avortement était permis pour supprimer des croisements raciaux non désirés. Pour le reste l'avortement était strictement défendu.

 

En 1937, les médecins qui pratiquaient des avortements étaient punis de 10 ans de prison et – en 1939 – l'avortement non autorisé fut considéré comme une trahison envers le peuple allemand et punissable de la peine de mort. Il n'était parallèlement pas permis à la femme quelque planification des naissances scientifiques en mettant hors la loi tous les moyens anticonceptionnels.

 

L'avortement pour les nazis n'était pas tellement lié à la femme comme telle mais à l'appartenance raciale de la femme. En effet, tandis qu'on défendait aux femmes aryennes allemandes toute possibilité de décider de sa maternité, on autorisait par la loi les femmes juives à avorter sans devoir demander d'autorisations aux tribunaux allemands.

 

En 1943, était concédé et encouragé l'avortement aux travailleuses étrangères forcées employées dans les usines allemandes. Le problème de l'avortement donc était lié à la « racialité de la femme ». Nié à la femme aryenne allemande, tenue à engendrer le plus possible, autorisé et encouragé pour les femmes « racialement inférieures ».

Les motivations nazies contre l'avortement n'étaient ni morales ni éthiques mais démographiques et raciales. La femme allemande avait un pouvoir décisionnel limité sur sa maternité : les enfants n'étaient pas le fruit exclusif de la maternité mais une « propriété » du peuple allemand entier.

 

Ne pas avoir d'enfants ou, pire, avorter signifiait priver le peuple de son futur. La femme qui s'opposait à sa maternité de fait était coupable de trahison envers le peuple et l'État. »

 

 

 

Voici, Lucien l'âne mon ami, une chanson de Bertolt Brecht (1929) qui précède la chanson Golden Shoot à Stuttgart [[41548]] (2012), que j'avais tirée d'un texte de Günter Grass de 1999 et qui raconte une Histoire d'Allemagne de 1971. D'ailleurs, si le cœur t'en dis, tu peux aller lire toutes les Histoires d'Allemagne de la première à la dernière, année par année, de 1900 à 1999 sur le blog qui leur est consacré à l'adresse : http://ansdegrass.blogspot.be/. C'est un kaléidoscope de l'Allemagne du siècle dernier… Bien évidemment, tu les retrouves toutes sur le sites de Canzoni contro la Guerra, mais dispersées au milieu de milliers d'autres. Là, elles sont plus difficiles à appréhender comme un tout, qu'elles sont. Un bloc de 100 chansons, précédées de deux cantates tirées des « Bananes de Koënigsberg » d'Alexandre Vialatte. Tout cela avait nécessité plusieurs années de travail.

 

 

Mais dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, quel est le sujet qui les rassemble ces chansons, je veux dire celle de Brecht et le Golden Shoot à Stuttgart ?, dit Lucien l'âne en lançant un regard un peu égaré. Je vois qu'il s'agit d'un paragraphe 218, mais encore ?

 

 

À mon sens, je dirais plutôt de l'article 218, mais je n'en suis pas certain. Comme tu le sais, je ne suis pas Allemand et encore moins, un juriste allemand. Cependant, je peux te préciser qu'il s'agit d'un article du Code pénal. Cela dit, il s'agit de la législation allemande qui régit l'avortement et elle est plutôt dure, assez rigide et peu compatissante à l'égard des femmes. Elle reste ancrée dans des conceptions assez marquées par les interdits religieux. Cela dit, ce n'est pas le cas de la seule Allemagne. Le cas le plus paradoxal est celui de l'Italie, où la population et les femmes avaient conquis le droit légal à l'avortement et même, avaient obtenu la mise sur pied de services de santé appropriés et où, sous la pression de l'Église Catholique – je te rappelle que globalement, l'Italie est un véritable Catholand ou un Catholikistan – des médecins renient quotidiennement leur serment d'Esculape, c'est-à-dire leur engagement solennel de médecin et la déontologie de leur profession pour se réfugier derrière le paravent honteux d'une soi-disant objection de conscience, dictée par leur religion. Comme quoi, les religieux et les religions veulent toujours ramener les hommes dans le troupeau et aux asservissements grégaires. Ah, les bons pasteurs et leurs brebis bêlantes !

 

 

La peste soit des religions et des religieux, dit Lucien l'âne en dressant sa crinière. Ces gens-là ne voient dans les femmes que des reproductrices ou des machines à plaisir. Ce sont des éleveurs de bestiaux ou des maquereaux. Ils n'ont que le cheptel en tête. C'est ignoble. Franchement, je les déteste.

 

 

Il y a en effet de quoi, quand on voit les massacres et les drames qu'ils ont causés, toutes religions confondues (théistes, déistes ou athées), dès lors qu'elles sont majoritaires ou ont des velléités expansionnistes.

 

 

Ainsi, dit Lucien l'âne en s'étirant les jambes antérieures, on est amené à penser que l'humaine nation ne pourra accoucher de l'homme et l'homme ne pourra atteindre à son entière humanité que du jour où les religions auront disparu. Certes, à vue de nez d'âne, ce n'est pas demain, mais c'est en substance, la seule voie possible. Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul ou le suaire, c'est selon, de ce vieux monde religieux, pernicieux, hypocrite et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Monsieur le docteur, la période…Allonsréjouissez-vous plutôt 
Que le taux de population
Puisse un peu s'élever.
Monsieur le docteur, sans logement…
Allonsvous trouverez bien encore un lit.
Là, vous pourrez le soigner un peu
Et le tenir serré contre vous.
Soyez une 
bonne petite mère 
Et 
fournissez un beau bout de chair à canon.
Vous avez un ventre pour ça, et aussi, pour ça,vous devez
Vous savez 
quoi
Et maintenant pas de connerie
Et maintenant, soyez mère et point final.

 

Monsieur le docteur, un chômeur,
Ça ne peut pas avoir d'enfants…
Allons, ma petite dame, c'est un
Stimulant pour votre homme.
Monsieur le docteur, je vous prie,…. Mme Renner,
Là, je ne peux pas vous comprendre.
Voyez-vous, ma petite dame, l'État a besoin d'hommes
Pour faire fonctionner les machines.
Soyez une bonne petite mère 
Et fournissez un beau bout de chair à canon.
Vous avez un ventre pour ça, et aussi, pour ça, vous devez
Vous savez quoi
Et maintenant pas de connerie
Et maintenant, soyez mère et point final.

 

Monsieur le docteur, où vais-je donc dormir…
Mme Renner, ne jacassez pas.
Seulement, au départ, vous voulez le plaisir
Et ensuite, vous ne voulez pas faire votre devoir.
Et quand nous faisons ce qui interdit
Alors, nous savons bien, ce que nous faisons
Et soit, soyez tout à fait rassérénée
Et laissez-nous nous occuper de ça, oui ?
Et maintenant,
Soyez une bonne petite mère 
Et fournissez un beau bout de chair à canon
Vous avez un ventre pour ça, et aussi, pour ça,vous devez
Vous savez quoi
Et maintenant pas de connerie
Et maintenant soyez mère et point final.

 

 
BALLADE DU PARAGRAPHE 218

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