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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 23:27

Le Poseur de Rails

 

Chanson française – Le Poseur de rails – René-Louis Lafforgue – 1956

 

 

Je suis un poseur de rails

Comme l'était mon père.

 

 

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, j'avais inséré l'autre jour une chanson de René-Louis Lafforgue, chanteur libertaire, surtout connu pour ses chansons gouailleuses et dansantes. Cette chanson – Les Enfants d'Auschwitz  – reflétait cependant l'autre versant de René-Louis, celui d'un fils de réfugiés espagnols, venus d'Euzkadi (qu'on nomme souvent par ici, le Pays Basque), fuyant la dictature franquiste et les massacres qu'elle perpétra avec l'appui armé (Guernica est en Euzkadi) des fascistes italiens et des nazis allemands. Derrière le chanteur de musette, on découvrait un artiste militant anarchiste – comme Maurice Fanon, Henri Tachan, Léo Ferré, Georges Brassens...

 

 

Je m'en souviens très bien de cette chanson assez bouleversante et qui mérite bien sa place près de celle de Guccini, par exemple. Et celle d'aujourd'hui, de quoi elle parle ?

 

 

Je la qualifierais volontiers de chanson de travail et même, aussi, de chanson d'émigration, de chanson du rail… Elle pourrait très bien se trouver auprès du Train du Nord de Félix Leclerc ou des Routiers d'Yves Montand. En fait, c'est un de ces poseurs de rails, fils de poseur de rails, la reproduction sociale, tu connais ça… Maintenant, elle se pratique le plus souvent entre chômeurs. Cette chanson raconte une histoire… C'est tout, rien de plus qu'une vie. Le Poseur de rails, en fait, ne le dit pas, mais il évoque combien le développement du réseau ferré a tué d'hommes – par centaines de milliers… pour le plus grand profit d'anonymes actionnaires. L'extension du rail, c'est un des épisodes terribles de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour étendre leur domination, accroître leurs richesses…

Par exemple, dit Lucien l'âne, je me souviens des massacres des Indiens lors de la construction du chemin de fer aux Zétazunis :

« Mais dans la vallée de la Platte, l'Union Pacific est confronté aux Sioux et aux Cheyennes. La situation s'aggrave lorsque la ligne pénètre dans l'ouest du Nebraska et le sud-est du Wyoming, grands territoires de chasse des indiens. Ils attaquent peu les trains mais s'en prennent essentiellement aux lignes télégraphiques, et aux équipes isolées de topographes, de constructeurs de ponts et autres débiteurs de traverses. Le massacre des bisons unifia Sioux, Cheyennes et Arapahos contre les hommes du chemin de fer. À partir de fin 1866, ils incendient les dépôts de ravitaillement, scalpent les arpenteurs et massacrent les soldats. En 1867, Dodge et ses 800 éclaireurs Pawnees se lancent dans une guerre d'extermination des Sioux et des Cheyennes. En 1868, 5000 soldats patrouillent autour du chantier. » [http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_chemins_de_fer_am%C3%A9ricains#Les_.C3.A9preuves_et_dangers]

 

 

 

On peut aussi évoquer les dizaines de milliers de morts du chemin de fer de la mort qui franchit la rivière Kwai :

« La ligne Siam-Birmanie, aussi appelée voie ferrée de la mort, est un chemin de fer de 415 kilomètres entre Bangkok et Rangoun construit par l'Empire du japon (Ah, les ambitions, les idées de grandeur, les Empires, les Imperi, les Reichs et toutes ces sortes de choses !!!) pendant la Seconde Guerre mondiale pour consolider la sphère de coprospérité de la grande Asie orientale. C'est sur son tracé que le pont de la rivière Kwaï a été construit.

Environ 180 000 civils autochtones et 60 000 prisonniers de guerre ont travaillé à la construction du chemin de fer. De ce nombre, environ 90 000 civils et 16 000 prisonniers de guerre sont morts lors des travaux. »

D'ailleurs, le principe général est que le chemin de fer doit se faire – envers et contre tous. Ces épisodes de la Guerre de Cent Mille Ans continuent dans le Valsusa, par exemple ; une vallée en Italie occupée militairement pour imposer aux gens les bienfaits de la civilisation et de l'exploitation financière des espaces naturels. Et puis, il y a qu'elle réserve cette chanson une fameuse surprise …

 

 

Une surprise ? Quel genre de surprise peut bien réserver une chanson ?, dit Lucien l'âne tout subitement redressé des oreilles à la queue.

 

 

Eh bien, libertaire, René-Louis Lafforgue l'était au fond de l'âme et il avait un ami, dont il fit un temps les premières parties de récital, et cet ami est un autre libertaire venu du Sud-Ouest de la France, le guitariste Georges Brassens. La surprise est que l'accompagnateur de René-Louis Lafforgue est tout simplement Brassens lui-même. Je ne connais pas d'autres exemples de pareille prestation de Tonton Georges…

 

 

Oufti, ça vaut la peine de regarder la vidéo… Pour le reste, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde maillé de fer, ferré de rails, enserré dans un filet d'acier et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

Je suis un poseur de rails
Comme l'était mon père.
Je me suis mis au travail
Quand la mort lui dit "Vieux frère"
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop


J'ai hérité du chemin

Que mon bonhomme de père
Avait suivi comme un chien
Jusqu'à son heure dernière.
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

Au boulot vaille que vaille,
On creuse, on pioche et l'on taille,
Par les champs et la rocaille,
L'immense route du rail.
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

On construit un éventail
Qui, par Rome ou par Nanterre,
Grandit comme la semaille
Sur tous les coins de la Terre.
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

Dès que paraît le matin
Les sirènes nous rappellent.
On oublie le mal de reins,
On n'est pas des demoiselles.
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

Chaque jour, maille après maille,
Grandit le chemin du rail.
Attachés à la ferraille,
En chœur tout le monde gouaille.
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

Je vais le long du chemin
La musette en bandoulière.
Je repars toujours plus loin
Jusqu'à mon heure dernière.
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

Quand trop vieux pour le turbin,
Je ne pourrai plus rien faire,
En voyant passer les trains,
J
e viderai quand même quelques verres.
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop
Re-hop, re-hop

 

Le Poseur de Rails

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Marco Valdo M.I.
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