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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 22:02

LE DIABLE AU PARADIS

 

Version française – LE DIABLE AU PARADIS – Marco Valdo M.I. – 2014

d'après la version italienne de Riccardo Venturi

Chanson chilienne en espagnol – El diablo en el paraíso – Violeta Parra – 1964


Paroles et musique: Violeta Parra

Album: Recordando a Chile (Una Chilena en París)
Interprétée aussi par Daniel Viglietti

 

 

 

 


« Tous les animaux sont égaux. Mais certains animaux sont plus égaux que d'autres. »  George Orwell





Aller wunder sî geswigen,
das erde himel hât überstîgen,
daz sult is vür ein wunder wîgen.
Erd ob und himel unter,
daz sult îr hân besunder
vür aller wunder ein wunder.

 

Qui sait si quelqu'un la reconnaît, cette strophe ; elle est en allemand médiéval, ou mieux, en moyen haut allemand. Je me demandais si quelqu'un la reconnaîtrait, car elle est dans un livre que tous ont lu : Le Nom de la Rose d'Umberto Eco. Le docte Alexandrin (dans le sens d'Alessandria en Piémont, clairement), cependant, ne nous a pas donné la traduction de cette strophe. Elle veut dire ce qui suit :

 

Tous les prodiges, je tairai

La terre a renversé le ciel

Et ceci vous émerveille

Le ciel en bas, la terre en l'air

Et surtout ceci soit pour vous

Le plus prodigieux des prodiges.

 

Aussi vieille que le monde, l'histoire du monde à l'envers ; il était, par exemple, à la de base de cette fête de l'ancienne Rome, celle de « semel in anno licet insanire », où pour un jour par an, tout était vraiment renversé et même les esclaves étaient servis par les maîtres. Au Moyen-Âge, elle devint un thème des plus fameux du temps, probablement un moyen répandu, ou un rêve, populaire de s'opposer au « monde en place » – qui était celui de l'Église et des riches. La célèbre strophe en allemand médiéval en est témoin.

 

Tout ceci seulement pour vous dire où et dans quelles traditions populaires planétaires est allée puiser Violeta Parra. C'était une iconoclaste de premier ordre. Cela se voit même dans son autre chanson, ces « Souhaits à rebours » (Parabienes al revés) qui visent l'institution de la cellule familiale (la Violeta se donnait comme but de miner à la base les piliers). Son monde à rebours, à la chanson authentiquement brillante, semble en effet une sarabande médiévale ; excellente anticléricale et bouffeuse de curés, Violeta ne perd naturellement pas l'occasion de glisser immédiatement le diable dans le paradis, le comble de la subversion oui, mais à la saveur de temps reculés. En réalité, il s'agit d'un « moyen âge » qui connaît le Chili des années 50 est 60, loin de l'an mil : une description féroce de ce qui devait être fait en urgence. Renverser tout un monde, justement. La propagande des torchons comme le « Mercurio » ( "La vérité est une erreur» !"), parfaitement applicable encore aujourd'hui ; les soldats en prison (et combien aurait été opportun de les mettre en prison, on le vit bien en 1973) ; les juges mis au mur ("On fusille les magistrats") ; et ainsi de suite.

 

Ah oui, il s'agit bien du Chili. Et pas seulement du Chili. Cependant, à souligner à quoi elle se référait, celui de Violeta est un Moyen-Âge qui parle un chilien pointu. Parmi toutes les chansons de Violeta Parra, celle-ci est un des plus dialectale. Des phrases entières incompréhensibles à un non-Chilien. C'est tellement vrai que, lorsque l'Uruguayen Daniel Viglietti la chanta, il dut remplacer les phrases et les mots qu'aucun de ses compatriotes n'aurait compris. Par exemple, « cantalos ricos andan rotosos », en bon castillan, à la place de « los futres andan pililos ». Oui, vraiment un Moyen-Âge de rien ! [RV]

 

 

 

 

Un Moyen-Âge de rien ? Un monde à rebours ? Voilà bien une chanson étrange, dit Lucien l'âne en se frottant le museau sur l'écorce du sapin. De quoi elle cause ? D'où vient-elle ? Et au fait, qui donc l'a écrite et qui la chante ?

 

 

Voilà une bien belle série de questions, mon ami Lucien l'âne au museau gratouillant. Aurais-tu une mouche dans le nez ? Où souffrirais-tu d'une rhinite intellectuelle ? Ou d'une questionnite aiguë ? Heureusement que je te connais et que je sais que tes intentions sont pures et qu'il ne se cache pas là derrière, je ne sais quelle manie policière et investigatrice. Tu n'as rien d'un Papa Schultz et de ses « moyens de vous faire parler », ni de ces gens de services. Reprenons dans l'ordre à rebours : qui la chante ? Violeta Parra. Qui l'a écrite : Violeta Parra. D'où vient-elle ? Du Chili. De quoi elle cause ? De tout, de rien, du monde à l'envers. Et donc, de la réalité, du Chili... Tel qu'il était et selon Riccardo Venturi, du Chili à venir. Mondo alla rovescia que j'ai volontairement traduit par « monde à rebours », en mémoire de J.K. Huysmans et de l'ineffable Des Esseintes, cousin francilien d'Oblomov – lesquels deux pratiquaient vigoureusement le « monde à revers ». Au passage, George Orwell en mit en scène un fameux de monde à la renverse avec sa Ferme des Animaux, où les cochons prennent le pouvoir... Une fameuse parabole sur notre société libérale. Mais j'imagine que tu as déjà médité cette fable moderne...

 

 

Sûr que je connais Orwell et j'ai particulièrement bien aimé sa définition de la démocratie où : « Tous les animaux sont égaux. Mais certains animaux sont plus égaux que d'autres. » Nous aussi, on devrait parfois le faire, renverser notre petit monde... Tu serais l'âne et moi, le pantin... Mais en fait, je ne vois pas trop ce que ça changerait. Cela dit, revenons à notre tâche qui est de tisser le linceul et de renverser l'ordre de ce monde imbécile, trop régulier, comptable, inéquitable, étouffant et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

L'homme mange le pré vert
L'âne, les douceurs
La petite-fille commande le grand-père
Et le valet, le roi de coeur.
Je porte l'eau dans une panière
Dessous le lit, je dors,
Je sucre tout à la salière,
Je danse sur la tombe du mort.
« La vérité est une erreur»,
Criait tout nu un tailleur.

 

Les pages sont couronnés,
Les rois lavent les planchers,
Le diable règne au paradis
En prison vont les soldats.
On récompense les bandits,
On fusille les magistrats,
Au sec nagent les poissons ;
Ainsi finit le monde
Quand dans les mers profondes
Mûrissent les moissons.

 

Les justes marchent enchaînés
Libres vont les condamnés,
Soixante centimes font un euro,
Et six cent grammes, un kilo.
Les rupins vont tête baissée
Les gras sont rachitiques,
Et danse le paralytique
Sur une machette affûtée.
Trois plus huit égale rien
Compte un mathématicien.

 

Assis sur le piano,
Ils jouent les mains derrière le dos
Caïn est la plus belle
Pour son frère Abel .
Sur les mains, il fait le beau
Les saints sont querelleurs,
Et bénissent les voleurs ,

Le chien dort dans le berceau,
La lune blanche sort de l'eau,
Le bébé mord l'anneau.

 

Envoi :

À la fin de l'envoi, l'exemple :
Je viens du monde à rebours,

 

Et avec votre permission, à mon tour,
Le théâtre, je l'appellerai temple.
« Tout doux, je t'apprécie »,
Dit le bandit à sa prisonnière,
Le plus hérétique est celui qu'il prie,
Les vieux vont à l'école,
Les enfants à la marelle.
Et tous ont un grain de folie.

LE DIABLE AU PARADIS

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Marco Valdo M.I.
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