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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 22:03

Un, deux, trois, quatre, cinq, six jours

 

 

 

Canzone française – Un, deux, trois, quatre, cinq, six jours – Marco Valdo M.I. – 2013

Histoires d'Allemagne 102

An de Grass 09

 

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.

 

 

 

Walter  Rütt ( vers 1909)

 

 

 

 

 

Et voici, pure coïncidence, que se termine en même temps que l'année, le cycle – c'est le cas de le dire – des Histoires d'Allemagne. Il aura fallu trois ans pour y arriver. Comme tu le vois, ce n'est pas une mince affaire, c'est carrément une course de fond, un peu comme l’histoire que raconte le narrateur inconnu, dont on ne sait jamais trop bien qui il est, ni quand il parle, ni d'où il parle. Cette fois, on sait cependant qu'il s'agit d'un gars qui habituellement travaille dans un hôpital berlinois ; sans doute, un infirmier ou un préparateur et qui assiste un médecin – sans doute du même hôpital – au service médical des Six Jours de Berlin en 1909. Il déclare qu'il pense avoir été choisi plus pour ses compétences cyclistes supposées – il vient au travail à vélo et se passionne pour la petite reine que pour ses capacités en matière médicale.

 

 

Moi, dit Lucien l'âne, vois-tu Marco Valdo M.I. mon ami, comme âne, et même si on me considère parfois comme l'ancêtre du vélo et que les Chinois, dit-on, désignent le vélo sous le nom assez explicite d' « âne que l'on tient par les oreilles et que l'on bourre de coups de pied pour qu'il avance », je ne peux faire du vélo. À la rigueur, de mes quatre pattes, je pourrais faire du tandem. Cependant, une chose est sûre (chose sûre cycliste...), je n'ai jamais été admis dans une course cycliste et pourtant, en quelque sorte par proximité de destin, je m'intéresse au vélo. Du reste, tu le sais, pour moi comme pour Térence, rien de ce qui est humain ne me demeure étranger. Il le disait en latin : « humani nihil a me alienum puto ». J'attends donc avec le plus grand intérêt la suite de ton histoire.

 

 

Donc, je disais que le narrateur inconnu assiste en tant qu'assistant du Docteur Willner aux premiers Six Jours de Berlin en 1909. Mais sais-tu ce que sont les Six jours ?

 

 

Je pense bien, dit Lucien l'âne en redressant les oreilles subitement et verticalement. Je pense bien que je le sais... Enfin, je crois. Les Six jours sont en fait une course cycliste qui dure six jours d'affilée, nuit et jour, dans un lieu clos – généralement, un vélodrome. C'est donc une course sur une piste d'environ 400 m sur laquelle comme les danseurs d'On achève bien les chevaux [http://www.youtube.com/watch?v=nMoGmOCaI3s], les coureurs tournent, tournent jusqu'à la nausée. Il y en a qui tombent, d'autres sont malades... Bref, un service médical s'impose.

 

 

C'est bien cela. On a d'ailleurs imposé une limite de douze heures par jour par personne... D'où les équipes de deux et parfois, trois coureurs. Mais ces Six jours de Berlin sont un peu particuliers et les détails méritent d'être contés. D'abord, ce sont les premiers organisés sur le continent européen et particularité plus étrange ou saugrenue, comme tu voudras, c'est qu'ils se déroulèrent dans un jardin zoologique.

 

 

Ha, ha, dit Lucien l'âne en ricanant, le symbole est excellent... Dans un parc zoologique... Des hommes qui tournent comme des ânes, c'est un juste retour de la manivelle ou de la pédale, c'est selon... car rappelle-toi, nous les ânes, du moins, certains d'entre nous, on nous fait tourner sempiternellement pour pousser la noria ou le moulin à grains.

 

 

Il y a de ça, d'ailleurs, dit Marco Valdo M.I. On fait se combattre ces nouveaux gladiateurs, ces nouveaux esclaves pour les mêmes raisons que celles qui présidèrent à Rome à ce qu'on nommait « Panem et circenses ». Et comme à Rome, sous les yeux de l'Empereur – représenté ici dans la loge impériale par son fils, le Kronprinz Oskar. Cependant, je n'en ai pas encore terminé avec les particularités de ces Six Jours de Berlin. Figure-toi qu'un des organisateurs, mais aussi un des meilleurs coureurs de Six jours de l'époque, Walter Rütt – il avait gagné notamment les Six Jours de New-York en 1907 et en 1909 et menait une carrière de cycliste professionnel entre l'Australie et les USA, n'a pas pu concourir alors même qu'il était Allemand.

 

 

C'est surprenant ; à t'entendre, c'était la meilleure chance pour qu'un Allemand remporte ces premiers Six Jours de Berlin... et en plus, tu dis qu'il était un des organisateurs...

 

 

Certes et sans doute même, est-il le concepteur de ces Six Jours à Berlin, ville où il mourra cinquante-cinq ans plus tard. Bref, il ne pourra pas les courir ces fameux Six Jours et justement car il était Allemand... Allemand et exilé, il était considéré par la toute puissante armée prussienne, comme un déserteur. C'est ainsi que la paire étazunienne James Henri 'Jim' Moran et Floyd McFarland l'emporta.

 

 

Un déserteur ?

 

 

Oui, un déserteur, mais pas à la manière de celui de Boris Vian [[1]]... Walter Rütt était plutôt un déserteur administratif... D'ailleurs, lors de la Guerre de 1914, alors qu'il vivait à Newark dans le New Jersey..., il rentra dès octobre en Allemagne et participa activement à la guerre, comme le révèle un article du journal étazunien The Day du 4 octobre 1914 intitulé "Cyclist Walter Rutt Fighting For Kaiser ".

 

 

Pour finir, laisse-moi te dire combien j'aime ta façon de rappeler les comptines enfantines à ta rescousse et de les faire danser ironie et légèreté pour donner un air de chansonnette à tes histoires... Cela dit, reprenons notre tâche et tissons le linceul de cette société où les sports comme tout le reste ne sont qu'affaires, argent, arrangements divers où finalement s'installe la gangrène et où ils ne sont que miroirs aux alouettes et servent à masquer d'autres ambitions impériales, impérialistes, conquérantes, militaires, commerciales de ce vieux monde cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

C'était l'année de la mort

De Géronimo et de la Mogador

À Berlin, au Vélodrome d'Hiver

J'assistais le Docteur Willner

Pour les Six jours, invention américaine

Par équipes de deux durant une semaine

Une première chez nous, cette course dans un zoo

Cet immense marathon à vélo.

Pour voir ça, ils venaient de partout

Pour voir ça, il y avait un monde fou

 

Un, deux, trois, quatre, cinq, six jours

On fait des tours, on fait des tours

Un, deux, trois, quatre, cinq, six , sept

On fait des tours à bicyclette

Ainsi font, font, font

Les joyeux coureurs de fond

Ainsi font, font, font

Dix mille tours et puis s'en vont

 

À New-York, Rütt deux fois avait gagné

C'était le meilleur, sans discuter

C'est sûr... Rütt devait gagner, sauf erreur

En duo avec Johnny Stol le Hollandais

S'il était venu, c'est sûr, Walter l'emportait

Mais, les militaires n'aiment pas les déserteurs,

On est à Berlin, faudrait pas oublier qui commande

Un déserteur ne peut pas porter les couleurs allemandes

Les généraux n'ont pas voulu de ce déshonneur

Ils ont interdit Walter, le déserteur

 

Un, deux, trois, quatre, cinq, six jours

On fait des tours, on fait des tours

Un, deux, trois, quatre, cinq, six , sept

On fait des tours à bicyclette

Ainsi font, font, font

Les joyeux coureurs de fond

Ainsi font, font, font

Dix mille tours et puis s'en vont

 

Au son des marches militaires à répétition

Des fanfares et des flonflons

Sur la piste peinte en vert, les concurrents suaient

Dans la galerie, les jeunes gens se bousculaient

Dans les tribunes, les messieurs paradaient

Dans les loges, les dames en chapeaux minaudaient

De sa loge, Sa Majesté Impériale

A dû , quel scandale !

Aux Six jours de Berlin,

Saluer le triomphe des Américains

 

Un, deux, trois, quatre, cinq, six jours

On fait des tours, on fait des tours

Un, deux, trois, quatre, cinq, six , sept

On fait des tours à bicyclette

Ainsi font, font, font

Les joyeux coureurs de fond

Ainsi font, font, font

Dix mille tours et puis s'en vont

 

L’année d'après, en cycliste souverain

Aux mêmes Six jours de Berlin,

Rütt, avec Stol le Hollandais

Une première fois l'emportait

Et puis une fois en onze, et puis, deux fois en douze

Quand enfin le Reich et ses militaires

Eurent définitivement perdu la guerre

Et que Sa Majesté se fut éclipsée en douce

En mil neuf cent vingt-cinq encore.

Et Walter Rütt entra dans la légende des sports.

 

Un, deux, trois, quatre, cinq, six jours

On fait des tours, on fait des tours

Un, deux, trois, quatre, cinq, six , sept

On fait des tours à bicyclette

Ainsi font, font, font

Les joyeux coureurs de fond

Ainsi font, font, font

 

Dix mille tours et puis s'en vont...

Un, deux, trois, quatre, cinq, six jours

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