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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 22:38

Else du Mont des Oliviers

 

 

Canzone française – Else du Mont des Oliviers – Marco Valdo M.I. – 2013

Histoires d'Allemagne 99

An de Grass 01

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.

 

 

 

 

 

 

 

Cette Histoire d'Allemagne n'est pas à sa place chronologique ; d'ailleurs, elle n'est pas la seule. Et ceci tient au fait que mon inexpérience et mon ignorance des débuts se sont progressivement estompées au fur et à mesure que j'actionnais le kaléidoscope de Günter Grass et que je découvrais les Histoires d'Allemagne. J'en ai appris des choses et j'en ai croisé des narrateurs et des narratrices. En voici une encore... Et comme je te l'ai dit, j'aurais dû la faire paraître bien plus tôt... Mais avec elle – je veux dire Else Lasker-Schüler, il y a de quoi s'y perdre dans les méandres des calendriers. Car la chose est sûre et éclatante, cette femme est un phénomène, à elle seule, un personnage des plus surprenants. Née il y a presque cent cinquante ans le long de la Wupper, ce qui en soi n'est pas un exploit, certes, l'enfant prodige qu'elle fut grandit à Wuppertal – la chose a son importance, vu que la canzone a comme un de ses points de repère, l'inauguration du train suspendu de Wuppertal en 1901.

 

« À la naissance du monstre de la Wupper

Quand le dragon courut sur le fer

Dans les fracas du tonnerre ».

 

Else Lasker-Schüler fit sa renommée comme poétesse dès le début du siècle ; elle dut fuir l'Allemagne dès avril 1933 et elle finit sa vie en Palestine au début 1945. C'est elle qui envoie des cartes postales de Jérusalem à un de ses anciens amants, le poète Gottfried Benn, qui réside à ce moment, croit-elle, dans ce qui reste de Berlin ; elles ne le joindront jamais.

 

 

C'est assez étrange, je trouve, ce nom d'« Else du Mont des Oliviers » que tu lui as donné...

 

 

Mais, Lucien l'âne mon ami, c'est tout simplement là qu'elle est enterrée et, là qu'elle se trouve après avoir franchi la Wupper, alias le Styx des anciens. Par parenthèse, son premier recueil de poésie est précisément intitulé « Styx ». Mais pour en revenir à la canzone, je te signale que le serment auquel il est fait allusion est doublement significatif, amphibologique, en quelque sorte, puisqu'il s'agit venant de ce Doktor Benn, lui-même poète allemand renommé, en raison même du fait qu'il a signé le Gelöbnis treuester Gefolgschaft – serment de très fidèle obédience au führer – dès mai 1933, a ipso facto rompu l'amoureux serment. En clair, Benn en devenant nazi trahi en même temps son amie juive déjà exilée...

 

 

Et cette histoire de barbichette ? De quoi s'agit-il ? Que vient-elle faire là ? Car moi, je la connais bien cette comptine..., dit Lucien l'âne en la fredonnant.

Je te tiens,

Tu me tiens

Par la barbichette

Le premier qui rira

Aura une tapette

Au bout de trois

Un, deux, trois.

 

 

Mais, Lucien l'âne mon ami, c'est tout simple. C'est en effet une vieille comptine enfantine française (et tu sais combien j'aime les comptines et surtout aussi, combien les comptines ou d'autres chansons qui me trottent en tête me sont de précieux auxiliaires et m'aident à trouver un rythme, une manière d'amorcer... Bref, elles mettent en branle mon imagination), et c'en est le texte d'origine, mais tu vois bien qu'elle est précédée d'un distique que tu n'as pas chanté :

 

« Celui qui cherche trouvera

Celui qui trouve rira. »

Il s'agit de savoir qui rira le dernier... Maintenant les cartes postales de Jérusalem viennent après bien longtemps et même si elles avaient retrouvé leur destinataire dans les ruines du nazisme, bien longtemps aussi après la séparation et la trahison, elles l'auraient – et c'était leur but – mis face à sa conscience, elles l'auraient mis en accusation face à lui-même.

 

 

Mais, dit Lucien l'âne en redressant ses oreilles pour attirer l'attention, celui qu'on met ainsi face à son propre arbitre, face à sa « décence commune », s'il a vraiment trahi, s'il a donc eu une attitude indécente, que peut-il bien avoir à faire de ce rappel des faits et de cette interpellation... Il ne faut pas en attendre quelque regret, quelqu'embarras que ce soit... Un escroc, un tricheur, un menteur, un traître ne peut exister s'il s'arrête à des considérations éthiques ou morales.

 

 

Tu as raison, Lucien l'âne mon ami, il peut s'en taper complètement, il peut même réfuter les faits qu'il a vécus et même, contre l'évidence de sa propre mémoire, il peut aussi réécrire l'histoire. Mais le but n'est pas qu'il s'amende, ni même de l'effrayer... En fait, cela n'a aucune importance ; en fait, il n'a aucune importance. Ce qui compte, c'est que cela soit dit et qu'il sache que cela est dit, finalement, là aussi, peu importe. Et dans le cas qui nous occupe, que cela soit dit pour l'éternité. Je te précise qu'Else envoie ces cartes en 1945 et qu'elle meurt le 22 janvier de cette année-là. Donc, Else, juste avant d'aller se réfugier dans le Mont des Oliviers, de devenir Else du Mont des Oliviers, envoie les trois cartes au Doktor Benn. C'est en quelque sorte, le mot de la fin ; sans doute, voulait-elle avoir le dernier mot. J'arrête ici, sinon le rébus ne sera plus un rébus et la canzone perdra de son mystère et de sa capacité à faire gambader l'esprit.

 

 

Ainsi donc, nous n'irons pas plus loin et je chercherai à élucider ce qui est caché. En attendant, il nous faut reprendre notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde empli de trahisons, de fureurs, de terreurs et de bruits et décidément, cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Un, deux, trois

Celui qui cherche trouvera

Celui qui trouve rira

Je te tiens,

Tu me tiens

Par la barbichette

Le premier qui rira

Aura une tapette

Au bout de trois

Un, deux, trois.

 

Une, deux, trois

Moi, Else du Mont des Oliviers

Trois cartes j'envoie

Un ensemble bien ficelé

Saint Sépulcre, Mosquée et Lamentations

En 1945, de Jérusalem

À Berlin, au Docteur Benn

Dans les décombres et lamentations

Elles ne le trouvent pas

Le Docteur Benn n'est plus là

Plus tard, il mourra

 

Un, deux, trois

Celui qui cherche trouvera

Celui qui trouve rira

Je te tiens,

Tu me tiens

Par la barbichette

Le premier qui rira

Aura une tapette

Au bout de trois

Un, deux, trois.

 

Tu as signé le serment

Tu m'as trahie,

Moi, ton Else, ta grande amie

Ah ! Tu m'aimais si délicieusement

À la naissance du monstre de la Wupper

Quand le dragon courut sur le fer

Dans les fracas du tonnerre

Écoute mon piano bleu désespéré

Ce cygne noir sur la Wupper vient te chercher

 

Un, deux, trois

Celui qui cherche trouvera

Celui qui trouve rira

Je te tiens,

Tu me tiens

Par la barbichette

Le premier qui rira

Aura une tapette

Au bout de trois

Un, deux, trois.

 

Quand même, tu n'aurais pas dû

Oh ! Spécialiste des maladies vénériennes

T'acoquiner aux gloires hitlériennes

Ces gens-là t'ont fait cocu

Comme ensuite, tu l'as vu

Ah, Aimé de Dieu et de ton Else in illo tempore

Ah, Gottfried, viens m'embrasser !

Ah ! Je t'attends ! Mon Giselher !

De l'autre côté de la noire Wupper.

 

Un, deux, trois

Celui qui cherche trouvera

Celui qui trouve rira

Je te tiens,

Tu me tiens

Par la barbichette

Le premier qui rira

Aura une tapette

Au bout de trois

 

Un, deux, trois.

Else du Mont des Oliviers

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