Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /Nov /2008 18:21

LE FOL


Chanson italienne – Il Matto – Francesco Guccini – 1996

Version française – Le Fol – Marco Valdo M.I. – 2008



Au moins deux chansons italiennes portent le titre de Matto : Un Matto de Fabrizio De André et IL Matto de Francesco Guccini.

Celle-ci tirée d'un album au titre resplendissant «D'amore, di morte e di altre sciocchezze » - « D'amour, de mort et de sottises » date de 1996. C'est l'histoire d'un fou (?) qui ressemble comme un frère au soldat Chveik, simplement le « pazzo » de Francesco Guccini, son fol (pas si fol que ça d'ailleurs de prendre le malheur et la guerre par la dérision) a eu moins de chance... Sa vie s'arrêta là, face à l'ennemi. Comme le Piero de Fabrizio De André...


Ils m'appelaient le fol car je prenais la vie

de jongleur, de fol avec une joie infinie.

D'autre part, il vaut mieux, dans cette tragédie,

rire de soi, ne pas pleurer et la tourner à la comédie.


Quand ils m'ont appelé pour la guerre, je disais :

“Bon, c'est l'appel, soldat !” et je riais, riais.

Ils m'ont inscrit et tondu, ils m'ont donné un fusil,

Une bouffe immonde, mais moi, joyeux, je riais à en mourir.


Je faisais des blagues, des bêtises, naturellement aux gars,

aux bistrots et aux putes, mais je n'épargnais pas les saints.

Et un jour, ils m'en ont fait, ils m'ont rendu la pareille

et ils ont ôté le chargeur de mon fusil.

Je me suis retrouvé face à l'ennemi et nous avons tiré,

Moi à vide, l'autre par contre m'a descendu.

Pourquoi ces yeux étonnés, pourquoi pendant que je tombais

par terre, avec la mort sur le dos, je riais, riais ?

À présent ici, je ne suis pas mal, maintenant je me console,

Mais il ne me semble pas normal de rire toujours seul,

de rire toujours tout seul !


Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Francesco Guccini
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Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /Nov /2008 11:09

UN FOU

Chanson italienne – Un Matto – Fabrizio De André

Version française – Un Fou – Marco Valdo M.I. – 2008


J'avais traduit l'autre jour, la « Storia d'un cane », l' « Histoire d'un Chien », d'Ivan Della Mea, qui m'avait remué dans les profondeurs.

Avec « Un Matto », « Un Fou », Fabrizio De André touche pareillement aux plus profonds du cœur et de l'humain qui vit en moi.

Parmi tous les rejetés, parmi tous ceux qui comme les braccianti de Carlo Levi qui disaient : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari » (les paysans de Carlo Levi, les amis de Carlo Levi qui disaient : « Nous nous ne sommes pas des chrétiens (des hommes), nous sommes des bêtes de somme ») sont mis à l'écart de l'humaine nation, les handicapés physiques et/ou mentaux n'avaient même pas place parmi ces triangles qui couvrent encore de honte le Reich : on ne les envoyait pas dans les camps, ils étaient stérilisés de force ou on les tuait sur place, où qu'on les trouve ou alors, on les empoisonnait, on les laissait mourir ... de faim.

Et depuis, comme dit Fabrizio De André : leurs «os donnent encore de la vie :

ils donnent encore de l'herbe fleurie. »

L'idiot a sa grande dignité, il doit être défendu toujours et partout car c'est l'un d'entre nous, parmi les plus faibles d'entre nous. Il doit être protégé et porté par nous car il est le signe de la solidarité, hors de laquelle pas d'humanité.

Peut-être une façon d'interpréter le titre de l'album d'où est extraite cette chanson et qui est «  Dietro Ogni Scemo C'è Un Villaggio », « Derrière chaque idiot, il y a un village », est de bien voir que nous faisons tous partie de ce village global de notre planète.


Car aussi, frères humains, ce « matto », ce « pazzo », ce « fou », cet « idiot », ce « dingue », ç'aurait pu être toi. D'ailleurs, ce le sera peut-être demain : maladie, accident... Qui sait ?


Ainsi parlait Marco Valdo M.I.



Tu ressens un monde dans ton cœur,

Mais tu n'arrives pas à l'exprimer avec des mots,

la lumière du jour divise la place

entre un village qui rit et toi, l'idiot, qui passe,

et même la nuit te laisse seul :

les autres songent à eux et toi tu rêves d'eux.


Et si même irais-tu chercher

de mots certains pour te faire écouter;

pour étonner une demi-heure, un livre d'histoire suffit,

je cherchai à apprendre la Treccani (1) par cœur,

et après porc, Maïakowski, mal foutu,

les autres continueront jusqu'à ce qu'ils me lisent idiot.

Et sans savoir à qui tu devais la vie

dans un asile, je te l'ai restituée;

ici, sur la colline, je dors difficilement

et cependant, il y a désormais de la clarté dans mes pensées,

Ici dans la pénombre j'invente des mots

Mais je regrette une lumière, la lumière du soleil.


Mes os donnent encore de la vie :

ils donnent encore de l'herbe fleurie.

Mais la vie est restée dans les voix en sourdine

de ceux qui ont perdu l'idiot et le pleurent sur la colline,

de ceux qui murmurent encore avec la même ironie

« Une mort pieuse l'arracha à la folie ».

( 1) Treccani : nom d'une encyclopédie italienne qui souffre encore d'avoir été créée et portée par le régime fasciste; au point que son fondateur, Treccani degli Alfieri, Giovanni. - Industriel et mécène (Montichiari 1877 - Milano 1961), sénateur del Regno en 1924 et fondateur, il 18 febbraio 1925, dell'Istituto Giovanni Treccani per la pubblicazione della Enciclopedia Italiana e del Dizionario Biografico degli Italiani, fut élevé à la « dignité » de Comte en 1937, in tempore suspecto. L'Enciclopedia Italiana di scienze, lettere ed arti est toujours présente et n'a pas pris la peine de changer de nom.


Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Fabrizio De André
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Samedi 29 novembre 2008 6 29 /11 /Nov /2008 16:11

L'HOMME-LOUP

Chanson italienne – L'uomo lupo – Cesare Lo Leggio

Version française – L'homme-loup – Marco Valdo M.I. – 2008


L'Homme-loup, l'homme à face de loup, le loup-garou, le garou hantent l'Europe depuis des siècles... Mais que donc nous a fait ce pauvre loup qui n'a jamais eu de couteau à la main ou entre les dents... Pourquoi lui mettre sur le râble les crimes humains, trop humains... ? Sauf à se considérer soi-même comme un mouton malade ou une brebis égarée, le loup ne présente aucun danger. Fantasme, fantasme... quand tu nous tiens. D'ailleurs, il n'y en a (presque plus et ils sont perdus dans des coins paumés où l'on ne va plus...).

Mais en effet, on parle d'un autre loup, du loup humain, de cette sale bête d'homme qui tue ses semblables, qui les exploite, qui vit sur leur carcasse, un vrai charognard celui-là...


Littéralement, il se nourrit du sang et de la chair des hommes, ce loup-là est un loup économique, il affirme qu'il a le droit pour lui, que tout ce qu'il fait est bon pour l'économie, cet homme- loup est un libéral.


Ainsi parlait Marco Valdo M.I.



Qui donc de l'homme-loup nous sauvera ?

Qui de ce jour si sombre nous libèrera ?

Il n'est pas possible d'aller plus avant

Même si dans tes jours, le soleil resplendit faussement.


Et tous ces enfants que nous avons tués

Cette guerre préventive et toute cette violence qu'on ne veut pas.

Et nous vivons dans ce monde

En cultivant une magnifique illusion :

Le bien collectif”, un idéal impossible.

Quand par contre l'homme-loup nous suggère que le monde est perdu,

Rester stupéfait ne t'aidera pas.

Qui donc nous sauvera du loup humain

qui prêche la paix le couteau à la main

Et on doit avancer dans son mécanisme trompeur,

sourire en cherchant un bonheur qui n'existe pas.

Nous sommes des gouttes dans la mer,

Et nous nous laissons porter par la mer,

Sans volonté de changer,

sans plus la volonté de nous améliorer.

Nous sommes des réfugiés sur une barque,

Nous sommes des hommes qui ont tout perdu,

et rester pantois

ne nous aidera pas.


Qui nous libérera de cet hiver,

qui donc nous sauvera d'un autre jour.


Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Fabrizio De André
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Samedi 29 novembre 2008 6 29 /11 /Nov /2008 14:47

HISTOIRES D'HIER

chanson italienne – Le Storie di Ieri – Francesco De Gregori – version de Fabrizio De André

Version française – Histoires d'hier – Marco Valdo M.I. - 2008


Quand Fabrizio De André a chanté cette chanson de Francesco De Gregori, il y a introduit certaines variantes... D'où, l'intérêt d'en faire connaître la traduction. Par ailleurs, il existe encore d'autres versions... C'est une chanson polymorphe.

Mon père faisait un rêve commun

Partagé par sa génération

La Mâchoire (1) parlait dans la cour

Trop de morts l'ont trahi

Tous des gens qui avaient compris

Et l'enfant joue dans la cour

Jette des cailloux au ciel et dans la mer

Chaque fois qu'il touche une étoile

Il ferme les yeux et se met à rêver

Il ferme les yeux et se met à voler.


Et à Salò, les chevaux sont morts d'ennui

À jouer avec le noir, tu perds toujours.
Mussolini a même écrit des poésies.

Les poètes, quelles créatures étranges

Chaque fois qu'il parlent, il y a une escroquerie.

Mais mon père est un garçon tranquille.

Le matin, il lit beaucoup de journaux,

Il est convaincu d'avoir des idées.

Et son fils est un vaisseau pirate.

Et à présent aussi, il y a une inscription noire

Sur le mur devant la maison

Elle dit le mouvement vaincra.

Le grand chef a la face sereine,

La cravate assortie à sa chemise

Mais l'enfant dans la cour s'est arrêté

Il s'est lassé de suivre les cerfs-volants

Il s'est assis au milieu de souvenirs proches, de bruits lointains.

Il regarde le mur et il regarde ses mains.

(1) La Mâchoire, le Menton... il suffit d'une photo de l'hallucinant Duce, alias Benito Mussolini, pour comprendre de quoi il s'agit...

Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Fabrizio De André
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Samedi 29 novembre 2008 6 29 /11 /Nov /2008 14:33

HISTOIRES D'HIER


Chanson italienne – Storie d'ieri - Francesco De Gregori

Version française – Histoires d'Hier – Marco Valdo M.I. – 2008


Décidément, cette chanson suscite la traduction. Je l'avais traduite une première fois dans la version de Fabrizio De André; je la retrouve dans la version originale de Francesco De Gregori. C'est à ce moment que je découvre que Riccardo Venturi les avait déjà faites... Que faire, dès lors ? Je prends le parti de la revisitation. L'art de la traduction est redoutable, il ouvre le monde sur mille variantes et plus encore, quand la chanson elle-même est déjà polymorphe. Doit-on espérer une synthèse et par qui ? Ou nous gardons-nous la joie de savourer la diversité du monde....

Voyons voir la version de la version originale de Francesco De Gregori...


Ainsi parlait Marco Valdo M.I.


Mon père a une histoire commune,

partagée avec toute sa génération.

La Mâchoire parlait dans la cour,

Trop de morts l'ont démentie,

toutes gens qui avaient compris.


Et l'enfant joue dans la cour,

lance des pierres dans la mer et au ciel.

Chaque fois qu'il touche une étoile,

il ferme les yeux et commence à rêver,

il ferme les yeux et commence à voler.


Et les chevaux à Salò sont morts d'ennui,

à jouer le noir, on perd toujours.

Mussolini a aussi écrit des poésies,

les poètes quelles brutes, quelles créatures,

Chaque fois qu'ils parlent, c'est une imposture.

Mon père est un homme tranquille,

le matin il lit les journaux.

Il est convaincu d'avoir des idées

et son fils est un bateau pirate,

et son fils est un bateau pirate.

Et à présent encore, il reste un écrit noir,

sur le mur devant la maison,

qui dit que le mouvement vaincra.

Les nouveaux chefs ont le visage serein

et la cravate assortie à la chemise.


Mais l'enfant dans la cour s'est arrêté

Il est fatigué de suivre les cerfs volants

Il s'est assis entre ses souvenirs voisins et les bruits lointains

Il regarde le mur et se regarde les mains.

Il regarde le mur et se regarde les mains.

Il regarde le mur et se regarde les mains.



Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Francesco De Gregori
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